IVG: «De plus en plus de femmes sont en difficulté»

INTERVIEW Caroline de Haas, porte-parole de Osez le féminisme, fait le point sur la situation en France, à la veille d'une manifestation nationale...

Propos recueillis par Armelle Le Goff

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Quel est l’Etat des lieux concernant l’IVG en France?
La loi en tant que telle est acquise. Le droit est acquis, mais son application pose problème.

Pourquoi?
L’acte est trop peu valorisé financièrement. En mars 2010, la ministre de la Santé Roselyne Bachelot a promis une revalorisation de 50% du montant du forfait, actuellement fixé à 300 euros. Mais, alors que cette revalorisation devait intervenir au 1er juillet 2010, elle n’est toujours pas entrée en vigueur. Du coup, dans un contexte de rentabilité introduit par la réforme de l’hôpital, les services d’orthogénie, déficitaires, ferment les uns après les autres.

Par ailleurs, la loi est-elle appliquée?
Certains hôpitaux ne respectent pas la loi, sachant que chaque service de gynécologie doit proposer une activité d’orthogénie. Or, ce n’est pas le cas. Autre écueil: les refus de prise en charge de femmes approchant du délai maximum de 14 semaines d’aménorrhée. Enfin, certains médecins réclament toujours une autorisation parentale aux mineurs qui ont recours à une IVG. Du coup, chaque année, quelque 5.000 femmes, selon les chiffres du Planning familial, qui n’arrivent pas être prises en charge sont forcées de se rendre à l’étranger.

Vous êtes inquiète?
Oui, car de plus en plus de femmes sont en difficulté. En plus, ce sujet n’est pas si facile à aborder. Car on a le sentiment qu’il reste un tabou autour de l’IVG, un fond de culpabilité. Or, c’est un événement fréquent dans la vie d’une femme, même avec une contraception. Avec une moyenne de 400 cycles, il est normal qu’il y ait quelques ratés. Or, quand une femme est enceinte et qu’elle ne l’a pas voulu, il est normal qu’elle ait la possibilité de choisir.