Quand l’environnement pèse sur la santé

SCIENCES Produits chimiques, radiations, maladies, stress, drogues… Notre environnement a des conséquences sur notre santé, et notamment sur notre reproduction…

Propos recueillis par Mickaël Bosredon

— 

Bernard Jégou, directeur de l'Irset à Rennes, et également président du conseil scientifique de l'Inserm
Bernard Jégou, directeur de l'Irset à Rennes, et également président du conseil scientifique de l'Inserm — DR

Les Journées internationales de biologie se sont ouvertes le 2 novembre à La Défense près de Paris, et s’achèvent vendredi 5 novembre. Organisées par le syndicat des biologistes, elles ont pour thème central cette année le rapport entre environnement et santé. 20minutes.fr a interrogé Bernard Jegou, le président du conseil scientifique de l’Inserm, et le directeur de l’Irset, un laboratoire rennais, sur ce lien.

 
La thématique environnement et santé préoccupe-t-elle tant que cela de nos jours?

C’est une préoccupation centrale de la population, qui se pose la question de ce lien par rapport à son lieu d’habitation, à l’endroit où ses enfants vont à l’école, à ce qu’elle mange… Cette préoccupation de la société peut d’ailleurs paraître paradoxale, alors que nous n’avons jamais vécu aussi longtemps…
 
Pour quelle raison l’inquiétude monte-t-elle alors? La population est-elle mieux éduquée, ou bien le risque est-il effectivement plus grand aujourd’hui?

C’est essentiellement le fait de l’accélération extraordinaire de la technologie depuis cinquante ans. La technologie a toujours suscité de l’inquiétude, car elle donne parfois l’impression qu’on ne la maîtrise plus tout à fait. Il y a aussi l’information qui atteint la population en plus grand nombre. Enfin les scandales sanitaires et industriels, type Distilbène, Tchernobyl, Seveso… ne sont pas faits pour rassurer.
 
Quels sont les facteurs environnementaux représentant de l’intérêt pour les chercheurs aujourd’hui?

Les produits chimiques en général. On estime qu’il y en a en circulation aujourd’hui plus de 100.000, et qu’il s’en crée autour d’un millier tous les ans, qui ne sont pas tous mis sur le marché. Les radiations sont aussi un sujet d’intérêt, car nous y sommes globalement beaucoup plus exposés depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale. L’environnement c’est aussi les maladies: la grippe, le sida, les maladies sexuellement transmissibles en général… Toute une ligne de recherche est en train de naître pour essayer de voir comment les facteurs infectieux peuvent interagir avec des facteurs chimiques et faciliter le déclenchement d’une maladie. Il y a enfin tous les facteurs socio-culturels, comme le stress, qui n’est pas nouveau mais qui pourrait s’avérer un facteur aggravant de maladies, et les drogues dites récréatives, type alcool, cannabis…
 
Votre laboratoire, l’Irset (Institut de recherche sur la santé, l’environnement, et le travail) est lui spécialisé sur la reproduction de l’Homme. Que sait-on aujourd’hui sur les effets de l’environnement sur cette reproduction?

On sait qu’il y a de plus en plus de demandes de fécondation in vitro, notamment dans les pays industrialisés. Est-ce que cette augmentation de la demande correspond à une baisse de la fertilité cela fait débat. La seule cause avérée c’est l’augmentation de l’âge moyen auquel les femmes ont leur première grossesse (30 ans en France en 2009). Cela dit, il a été démontré qu’à Paris intra-muros, la concentration de spermatozoïdes dans le sperme des hommes baisse depuis les années 1970. Cela n’est pas dramatique, car on sait qu’un homme produit beaucoup plus de spermatozoïdes qu’il n’en a besoin pour faire un enfant, il n’empêche qu’en deça de 5 millions de spermatozoïdes par millilitres de sperme, il y a de plus fortes probabilités d’avoir recours à une procréation assistée. On constate aussi une très forte hausse des cancers du testicule. Une mutation génétique est exclue pour expliquer ces phénomènes. Pour le moment rien ne prouve que les raisons soient liées à un problème environnemental, mais la responsabilité de facteurs environnementaux reste l’hypothèse la plus étayée et la plus sérieuse.
 
Mais il n’y a pas d’étude qui fasse un lien direct et avéré pour autant. Pourquoi?

Car c’est très compliqué. Nous avons essayé de déterminer le rôle du chlordécone dans les cancers de la prostate en Guadeloupe. Il a d’abord fallu recruter des milliers d’individus, ce qui n’est pas facile, puis déterminer les différences génétiques entre ces individus, analyser leurs modes de vie, certains fumaient ou buvaient, d'autres pas… Tout cela joue un rôle dans le déclenchement du cancer. Et le chlordécone est un facteur aggravant.

Livre

Bernard Jégou est l'auteur, avec Pierre Jouannet et Alfred Spira de "La fertilité est-elle en danger", ouvrage paru aux éditions La Découverte (18 €).