Fronde sans précédent contre le primat de l'Eglise belge, proche du pape

© 2010 AFP

— 

Des propos controversés du chef de l'Eglise catholique belge sur les sujets très sensibles des prêtres pédophiles et du sida lui valent une avalanche de critiques sans précédent alors que le prélat conservateur n'est à ce poste que depuis janvier.
Des propos controversés du chef de l'Eglise catholique belge sur les sujets très sensibles des prêtres pédophiles et du sida lui valent une avalanche de critiques sans précédent alors que le prélat conservateur n'est à ce poste que depuis janvier. — Nicolas Maeterlinck AFP/BELGA

Des propos controversés du chef de l'Eglise catholique belge sur les sujets très sensibles des prêtres pédophiles et du sida lui valent une avalanche de critiques sans précédent alors que le prélat conservateur n'est à ce poste que depuis janvier.

La polémique qui enflait ces derniers jours suite à une série de déclarations de Mgr André-Joseph Léonard a rebondi mardi avec la démission de son porte-parole et le dépôt d'une plainte contre le prélat pour homophobie.

Parlant carrément d'une "crise de confiance" et de "leadership", le porte-parole de Mgr Léonard, Jürgen Mettepenningen, qui n'était en fonction que depuis l'été dernier, a expliqué sa décision en usant de termes d'une virulence rare dans les milieux catholiques.

Mgr Léonard "s'est parfois comporté comme un chauffeur roulant à contresens qui pense que tous les autres se trompent", a-t-il lancé à la presse.

Le primat de l'Eglise belge "reste sourd aux malheurs qu'il a suscités", a-t-il encore asséné.

Après de telles accusations, "inédites" dans l'histoire de l'Eglise belge selon le rédacteur en chef d'un hebdomadaire catholique flamand, Bert Claerhout, Mgr Léonard va devoir réfléchir à son rôle: "Veut-il continuer à semer la discorde ou veut-il oeuvrer à l'unité?", demande-t-il.

"Le Vatican n'interviendra pas rapidement. On l'a choisi justement pour ses positions tranchées", a-t-il cependant estimé. L'archevêque est réputé proche des vues du pape Benoît XVI.

M. Mettepenningen s'était une première fois distancié des propos de Mgr Léonard lorsque celui-ci avait affirmé le 27 octobre que traduire les ecclésiastiques pédophiles âgés en justice reviendrait à exercer "une sorte de vengeance".

Dimanche, l'évêque de la métropole flamande d'Anvers, Johan Bonny, a qualifié ces déclarations du primat de Belgique de "point de vue personnel" qui ne reflète pas la position de l'Eglise.

Le scandale de la pédophilie au sein de l'Eglise belge a pris de l'ampleur après qu'un prélat, l'évêque de Bruges (Flandre, nord), a été contraint de démissionner en avril après avoir reconnu avoir violé son jeune neveu.

En septembre, un rapport contenant les témoignages de près de 500 victimes de prêtres pédophiles --des actes pour la plupart commis entre les années 1950 et 1980-- est venu aggraver le malaise, surtout en Flandre.

De son côté, un avocat, Jean-Marie De Meester, a annoncé mardi le dépôt d'une plainte auprès du juge d'instruction de Bruges avec constitution de partie civile contre l'archevêque de Malines-Bruxelles.

Mgr Léonard avait en effet soulevé un autre tollé en décrivant le sida, dans un livre d'entretiens publié en octobre, comme une "sorte de justice immanente".

"Malmener la nature profonde de l'amour humain finit toujours par engendrer des catastrophes à tous niveaux", y estimait-il.

Me De Meester, avec l'appui d'une association de défense des homosexuels Cavaria, veut traîner l'archevêque en justice, persuadé, a-t-il déclaré, qu'il "violait la loi anti-discrimination et commettait des actes calomnieux et diffamatoires avec ses déclarations homophobes".

Côté francophone, Mgr Léonard, originaire de Wallonie (sud), n'est pas non plus épargné. Une pétition demandant qu'il démissionne d'une responsabilité administrative qu'il exerce à l'Université catholique de Louvain (UCL) circule parmi les enseignants.

"Une telle rupture après aussi peu de temps (10 mois après la nomination de Mgr Léonard ndlr), en 40 ans je n'ai jamais assisté à ça", a déclaré un prêtre enseignant à l'UCL, Gabriel Ringlet, interrogé par la chaîne de télévision publique RTBF.

Selon lui, "Mgr Léonard n'est qu'un catalyseur d'un problème beaucoup plus vaste, celui des structures de l'Eglise".