Pédophilie: "Honte à vous!", crient des victimes au porte-parole du Vatican

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"Honte à vous!" : une soixantaine de victimes de prêtres pédophiles, rassemblées dimanche soir aux portes du Vatican, ont exprimé leur colère contre l'Eglise catholique et conspué le porte-parole du pape.
"Honte à vous!" : une soixantaine de victimes de prêtres pédophiles, rassemblées dimanche soir aux portes du Vatican, ont exprimé leur colère contre l'Eglise catholique et conspué le porte-parole du pape. — Tiziana Fabi AFP

"Honte à vous!" : une soixantaine de victimes de prêtres pédophiles, rassemblées dimanche soir aux portes du Vatican, ont exprimé leur colère contre l'Eglise catholique et conspué le porte-parole du pape.

Venu à la rencontre des manifestants devant le château Saint-Ange, à proximité du Saint-Siège, le père Federico Lombardi a été accueilli aux cris de "honte, honte à vous" par les manifestants, tandis que des dizaines de journalistes se précipitaient vers lui.

En conséquence, le porte-parole est reparti sans parler ni aux journalistes ni aux victimes.

Contacté par l'AFP au téléphone, le père Lombardi a indiqué qu'il était "descendu pour saluer les deux organisateurs". "Mais je me suis éloigné car ils n'étaient pas là. Ce n'était pas le moment de s'attarder", a-t-il ajouté.

Les représentants des victimes "n'ont pas demandé à être reçus", a-t-il précisé. "C'est moi qui suis descendu, je suis là, et s'ils le souhaitent, je peux les recevoir", a-t-il affirmé.

Cette manifestation était organisée par l'association italienne des victimes de l'institut Antonio Provolo pour enfants sourds-muets et un groupe de victimes aux Etats-Unis, Survivor's Voice (www.survivorsvoice.org).

Les manifestants, venus des Etats-Unis, d'Australie, de Belgique, des Pays-Bas et de Grande-Bretagne, avaient prévu de faire une marche aux flambeaux en direction de la place Saint-Pierre, mais des policiers leur en ont interdit l'accès et la manifestation s'est dispersée dans le calme.

"Il ne s'agit pas d'une attaque contre la foi ou la religion, c'est une question de conduite et d'éthique", a déclaré Marco Lodo Rizzini, porte-parole de l'association des victimes de l'institut Antonio Provolo.

Des employés, prêtres et laïcs, de l'institut catholique Antonio Provolo de Vérone (nord de l'Italie), sont accusés d'avoir abusé 67 enfants sourds-muets entre les années 50 et 1984.

Avant la manifestation, les victimes se sont réunies pour partager leur expérience.

"Au plus profond de moi, il y a une mémoire physique de ce qui s'est passé. Cela me rend malade et me tourmente, je ne peux pas le contrôler", a raconté à l'AFP Ton Leerschool, un entrepreneur néerlandais de 57 ans victime de sévices sexuels quand il était enfant, au cours d'une réunion avant la manifestation.

"Mais si nous pouvons amener l'Eglise à reconnaître que les abus ont eu lieu et à nous rendre justice, cela nous aidera à guérir", a-t-il ajouté.

"J'espère retrouver ici aujourd'hui ce que j'ai perdu quand j'étais petite fille, en racontant mon expérience", a confié de son côté Shelly Winemiller, une mère de famille de 42 ans du Wisconsin (Etats-Unis), victime de sévices sexuels de 4 à 14 ans commis par le prêtre de sa paroisse.

"Le prêtre était le meilleur ami de mon père et toute la paroisse lui faisait confiance. Quand j'ai tout raconté à ma famille il y a quatre ans, cela nous a quasiment déchirés", dit-elle sans pouvoir retenir ses larmes.

"Mais la partie la plus difficile a été de dire et répéter sans cesse aux responsables de l'Eglise ce qui s'était passé, en revivant ces moments horribles à chaque fois, et ils n'admettent toujours pas que j'ai été victime d'abus sexuels", s'indigne-t-elle.

Depuis la publication en novembre 2009 d'un rapport révélant des centaines de sévices sexuels sur des enfants en Irlande et couverts par la hiérarchie, le pape Benoît XVI est aux prises avec la plus grave crise de l'Eglise catholique de ces dernières années, amplifiée par des scandales similaires en Allemagne et en Belgique.