L'Allemagne met au ban les mariages forcés

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L'Allemagne a décidé mercredi de renforcer sa lutte contre les mariages forcés et le refus de s'intégrer de certains étrangers, alors que le débat sur l'immigration bat son plein.
L'Allemagne a décidé mercredi de renforcer sa lutte contre les mariages forcés et le refus de s'intégrer de certains étrangers, alors que le débat sur l'immigration bat son plein. — Jay Directo AFP/Archives

L'Allemagne a décidé mercredi de renforcer sa lutte contre les mariages forcés et le refus de s'intégrer de certains étrangers, alors que le débat sur l'immigration bat son plein.

Le Conseil des ministres a adopté un projet de loi qui prévoit notamment de faire du mariage forcé une infraction en tant que telle, inscrite dans le code pénal et passible d'une peine allant jusqu'à cinq ans de prison.

Jusqu'ici, ce genre de pratique entrait dans le registre des délits dits de coercition grave. La sentence pouvait être aussi lourde.

Le mariage forcé "va devenir une infraction en soi afin de montrer encore plus clairement à quel point c'est un tort punissable", a souligné le ministre de l'Intérieur, Thomas de Maizière.

Aucune donnée fiable n'existe sur ce phénomène mais l'association d'aide Terre des femmes estime à un millier le nombre de mariages forcés chaque année en Allemagne.

Le pays a été secoué ces dernières années par plusieurs affaires dramatiques de jeunes filles mariées sans leur consentement. Au printemps, une adolescente kurde de Berlin avait été "vendue" par ses parents à son futur époux.

"Nous nous élevons ainsi contre la fausse croyance selon laquelle il s'agit là d'une tradition pour le moins tolérable de temps anciens ou d'autres cultures", a ajouté le ministre.

Le projet de loi, qui devra encore être adopté par les députés, doit également permettre aux jeunes filles mariées de force à l'étranger de revenir plus facilement en Allemagne.

Des mesures sont également prévues pour lutter contre les mariages fictifs qui permettent souvent à l'un des deux époux d'obtenir un droit de séjour en Allemagne.

Les organisations qui viennent en aide aux victimes de ces pratiques ont salué ce projet inscrit dans le contrat de coalition entre les conservateurs des Unions chrétiennes (CDU/CSU) et des libéraux du FDP, signé il y a un an.

"Les jeunes filles menacées d'être mariées de force pourront dire à leurs parents: 'ce que vous faites est interdit et vous pouvez aller en prison pour cela", expliquait en juin à l'AFP Sybille Schreiber, de Terre des femmes.

Le gouvernement d'Angela Merkel entend également sanctionner les immigrés qui refusent de s'intégrer, en conditionnant par exemple la prolongation d'un titre de séjour à la participation à un cours dit d'intégration.

De telles mesures existent déjà et les sanctions ne seront pas renforcées mais le projet de loi s'avère "une mise au point", selon la ministre de la Justice, Sabine Leutheusser-Schnarrenberger.

Depuis cinq ans, les immigrés se voient en effet dispenser 600 heures de cours de langue et 45 heures de connaissance de l'Allemagne. Dans certains cas, notamment pour ceux arrivés depuis 2005, les cours sont obligatoires.

Quelque 154.000 personnes suivent ces cours, selon les chiffres du gouvernement, mais une personne sur les cinq pour qui ces cours sont obligatoires ne s'y rend pas.

Selon le ministre, 10% à 15% des immigrés vivants en Allemagne refusent de s'intégrer.

Le débat sur l'intégration des 7,3 millions étrangers -- 8,9% de la population-- a pris une tournure polémique depuis la publication fin août d'un pamphlet anti-musulmans par un haut responsable de la banque centrale allemande, Thilo Sarrazin, qui a depuis démissionné.

Dans ce brûlot, gros succès de librairie, Thilo Sarrazin dénonce notamment le déclin de l'Allemagne qu'il voit "s'abrutir" sous le poids des immigrés musulmans.

L'Allemagne compte quelque 4 millions de musulmans. Plus de la moitié des Allemands