L'association Droit au logement, 20 ans de lutte aux côtés des mal-logés

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Des squats des débuts aux réquisitions symboliques d'immeubles, l'association Droit au Logement (Dal) s'est taillé en 20 ans une place à part dans le champ social et la réputation d'aiguiller des décideurs pour faire avancer la cause des mal-logés.
Des squats des débuts aux réquisitions symboliques d'immeubles, l'association Droit au Logement (Dal) s'est taillé en 20 ans une place à part dans le champ social et la réputation d'aiguiller des décideurs pour faire avancer la cause des mal-logés. — Thomas Coex AFP/Archives

Des squats des débuts aux réquisitions symboliques d'immeubles, l'association Droit au Logement (Dal) s'est taillé en 20 ans une place à part dans le champ social et la réputation d'aiguiller des décideurs pour faire avancer la cause des mal-logés.

"C'est la question du droit qui est importante", martèle Jean-Baptiste Eyraud, charismatique co-fondateur et porte-parole du Dal, pour expliquer le nom de l'association née "d'un truc très concret".

En l'occurence, l'expulsion, en mai 1990, de 48 familles squatteuses, soit environ 300 personnes, dont beaucoup de Maliens, qui ont campé quatre mois place de la Réunion à Paris (XXe arrondissement) avant d'être relogées.

"Elles nous ont dit qu'il fallait créer une structure légale pour pouvoir négocier avec les pouvoirs publics", raconte à l'AFP M. Eyraud. Pour lui, "l'essence du Dal" est là: la conjonction d'une crise du logement et de la capacité des mal-logés à s'organiser pour faire avancer leurs droits.

L'association, fondée le "26 ou le 27" octobre, avec des familles expulsées, fêtera ses 20 ans dimanche, échéance, à minuit, de la trêve hivernale des expulsions (1er novembre-15 mars).

"Le logement, c'est la première des choses pour laquelle il faut se battre", explique Jean Thévenot, 82 ans, adhérent du DAL.

Cet ancien syndicaliste, "catho de gauche", aura croisé de tout au Dal: des comme lui mais aussi des libertaires, des athées, des musulmans, même quelques "trotsko" et des centristes.

Après deux décennies, "des réflexes se sont inscrits dans les gènes", estime Jean-Baptiste Eyraud, "l'indépendance, l'implication des familles y compris dans les négociations et l'action collective non violente".

Aujourd'hui, le Dal compte environ 10.000 adhérents répartis à Paris et dans la trentaine de comités qui ont essaimé sur le territoire, regroupés dans une fédération Dal créée en 1998, et qui compte 4 salariés.

L'association au logo à la maison noire surmontée de cinq traits (les doigts de la main) sur fond jaune a bâti sa réputation sur ses "réquisitions" médiatiques et adoubées par des figures tutélaires comme l'Abbé Pierre, le professeur Léon Schwartzenberg, Albert Jacquard, ou Monseigneur Gaillot, relayés aujourd'hui par l'actrice Josiane Balasko ou les chanteurs Bénabar et Sanseverino.

Parmi les plus marquantes: l'immeuble de la rue du Dragon en plein Saint-Germain-des-Prés (décembre 1996), celui de la rue de la Banque (décembre 2006).

"Les prochains combats seront de faire vivre la loi Dalo (droit au logement opposable, créé en 2007) et de contrer certains articles" du projet de loi sur la sécurité intérieure, facilitant l'expulsion de squatteurs, projette M. Eyraud.

Pour Etienne Pinte, député UMP engagé sur le logement, "le Dal, les Jeudi Noir ou les Enfants de Don Quichotte, sont des éveilleurs de conscience. En période de crise et lorsqu'on est infoutu de trouver des solutions, il faut en permanence mettre l'épée dans les reins de ceux qui ont des responsabilités".

Louis Besson, ancien ministre socialiste du Logement (1989-91, puis 1997-2001), reconnaît que le Dal "donne forcément du fil à retordre, et quel que soit le ministre en place".

"Hélas", ajoute-t-il, l'association est toujours légitime: dans la "situation difficilement supportable de manque de logements, heureusement que certains mettent le doigt sur cette plaie sociale".