Retraites: malgré l'adoption de la réforme au Parlement, la mobilisation de jeudi se prépare

MOBILISATION Alors que le gouvernement se félicite de l'adoption du texte de loi, gauche et syndicats tentent de remotiver leurs troupes pour une nouvelle journée de mobilisation...

B.D. avec AFP

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E.CABANIS / AFP

Le Parlement a définitivement adopté ce mercredi la réforme des retraites, après un ultime vote du texte par l'Assemblée nationale, alors que l'évolution du mouvement social semble suspendue à la nouvelle journée d'action programmée pour jeudi.

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La version définitive du projet de loi a été adoptée par 336 voix (UMP et Nouveau centre) contre 233 (gauche), sous les applaudissements de la droite et les huées de l'opposition. La majorité a fait le plein, puisqu'une bonne partie de la dizaine de villepinistes a voté pour.

«Les Français vont comprendre que c'était une nécessité»

«C'est une réforme qui, par nature, n'est pas populaire. A plus long terme, à deux ou trois mois, les Français vont comprendre que c'était une nécessité», a déclaré après le vote le ministre du Travail, Eric Woerth. «Ce n'est ni la victoire de la majorité sur l'opposition, ni la victoire du Parlement sur la rue, ni une victoire du gouvernement sur les syndicats, c'est la victoire de l'intérêt général sur les corporatismes de chacun», a martelé Jean Leonetti (UMP).

La patronne du PS, Martine Aubry, a demandé au président Nicolas Sarkozy de ne pas promulguer la loi, parce que «les Français rejettent massivement ce texte» et qu'«on ne gagne pas contre les Français». Eric Woerth avait déjà rejeté un peu plus tôt la revendication du leader de la CGT Bernard Thibault de «suspendre» cette promulgation. «Ce serait un déni de démocratie», a-t-il affirmé, rejetant toute comparaison avec le Contrat première embauche (CPE), promulgué puis abandonné en 2006.

«La loi de la République doit être désormais acceptée par tous», a pour sa part souhaité le Premier ministre François Fillon, à la veille de la septième journée de mobilisation des syndicats depuis la rentrée.

«L'affaire n'est pas réglée»

Avec les autres ténors de la gauche, Martine Aubry participera à nouveau à la manifestation parisienne, demain jeudi. Le PS veut toujours croire que «la fin du débat parlementaire ne marque pas la fin du débat politique», selon les termes de Marisol Touraine. «On a mis des millions de gens dans la rue, on a créé une amertume profonde et l'affaire n'est pas réglée», a jugé Laurent Fabius.

Dans l'immédiat, les parlementaires PS vont saisir le Conseil constitutionnel. Certains au PS doutent de l'issue de ce recours, qui va s'appuyer sur le préambule de la Constitution (la République française est «basée sur le principe d'égalité»). Il faudra donc probablement attendre la mi-novembre pour que la loi soit promulguée. Le Conseil constitutionnel a «un mois» pour statuer, a rappelé son président Jean-Louis Debré.

Essouflement du mouvement

Sur le terrain, avant la journée d'action de jeudi, le mouvement social semble s'essouffler, spécialement chez les étudiants qui ont eu du mal, mardi, à mobiliser. Les raffineries Petroplus de Petite-Couronne (Seine-maritime) et Total de La Mède (Bouches-du-Rhône) ont voté la reprise du travail. Pour jeudi, des préavis de grève ont été déposés dans 29 réseaux de transports urbains, un chiffre en baisse par rapport aux six précédentes journées de mobilisation depuis la rentrée.

Le climat social ne cesse en tout cas de se tendre et Bernard Thibault (CGT) a dénoncé «la présence de policiers en exercice camouflés sous des badges syndicaux» et l'action de «manipulateurs» qui «poussent au crime» dans les manifestations. Des accusations déjà lancées par le président du Parti de gauche, Jean-Luc Mélenchon, qui a décidé avec les députés communistes de demander la création d'une commission d'enquête parlementaire.

Réponse de Brice Hortefeux: ces accusations sont «des vieilles ficelles d'extrême gauche». Pourtant, le préfet du Rhône Jacques Gérault a annoncé mercredi soir qu’il avait saisi la Direction générale de la police nationale (DGPN) pour ouvrir une enquête sur la présence de deux policiers en exercice qui arboraient des autocollants de la CGT lors de la manifestation du 19 octobre contre la réforme des retraites à Lyon.