Une rénovation loin des stéréotypes

Matthieu Goar

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Il y a cinq ans, Nicolas Sarkozy avait promis de débarrasser Argenteuil de la « racaille ».
Il y a cinq ans, Nicolas Sarkozy avait promis de débarrasser Argenteuil de la « racaille ». — S. ORTOLA / 20 MINUTES

Sur la dalle d'Argenteuil (Val-d'Oise)comme devant les pavillons ouvriers habités aujourd'hui par les classes moyennes, impossible de parler avec les résidents sans évoquer le 25 octobre 2005. Ce soir-là, le ministre de l'Intérieur, Nicolas Sarkozy, se rend au Val d'Argent Nord et promet devant les caméras de télévision de débarrasser la ville de sa « racaille ». Deux jours plus tard, les banlieues s'enflamment après les morts de Zyed et Bouna à Clichy-sous-Bois. Argenteuil chauffe un peu moins que d'autres villes, mais la voiture de Georges Mothron, maire (UMP) de l'époque est brûlée. « Des habitants m'ont alors dit : “Ce n'est pas vous que l'on vise mais Sarkozy” », se rappelle l'élu UMP, dépité de voir son travail de terrain ruiné en une seule soirée.

280 millions d'euros depuis 2005
Cinq ans plus tard, Nicolas Sarkozy n'est pas revenu et Argenteuil n'a apparemment pas beaucoup changé. Sur la dalle, comme tous les soirs, les mères de famille qui rentrent des courses croisent des ados à moto tout en évitant les trous d'eau. Les apparences sont trompeuses. Au Val d'Argent Nord et au Val d'Argent Sud, l'Agence nationale de rénovation urbaine, créée en 2003 par Jean-Louis Borloo, a investi plus de 280 millions d'euros depuis 2005. Ici, les tours tomberont jusqu'en 2013. Dans le centre-ville historique, on essuie encore les plâtres du nouveau centre commercial Côté Seine. Plus loin, 65 000 m2 de bureaux de la zone d'activité ont trouvé preneur en six mois. « L'objectif est d'attirer les entreprises qui quittent Paris », résume Philippe Doucet, maire PS qui attend avec impatience la prolongation du tramway jusqu'à la ville voisine de Bezons. Malgré la crise, le taux de chômage y est passé de 15 % à 13 % en cinq ans.

83 caméras de surveillance
Reste que la ville a plus que jamais l'impression de se débrouiller seule. Depuis 2008, les forces de police d'Argenteuil ont ainsi perdu 50 hommes et la municipalité s'est résignée à installer 83 caméras de surveillance. Et les promesses de 2005 et du plan banlieue de 2008 ? « Il y a eu une véritable volonté politique à l'époque, mais pas forcément les moyens, affirme Kader Hamida, porte-parole de l'association locale BBR. Une association créée après les événements de 2005 et un moment protégée (récupérée, disent plutôt certains) par Nicolas Sarkozy. A Argenteuil, ville diverse et complexe isolée derrière ses berges de Seine qui avaient tant inspiré les peintres impressionnistes, on veut surtout sortir des stéréotypes. « Un jour il faudra remercier Nicolas Sarkozy car il a fait connaître Argenteuil. A nous maintenant de la faire connaître positivement », conclut Philippe Doucet.