Réforme des retraites: pourquoi les étudiants ont tardé à entrer dans le mouvement

SOCIAL Une fois n’est pas coutume, ils n'ont pas été leaders dans la mobilisation...

C. F. et O. D.

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Vote du blocage de l'université de Nantes, le 19 octobre 2010.
Vote du blocage de l'université de Nantes, le 19 octobre 2010. — AFP PHOTO FRANK PERRY

Entre sept et 14 universités bloquées et des manifestations un peu partout en France ce jeudi. Les étudiants ont désormais rejoint les lycéens sur le front de la mobilisation contre la réforme des retraites. Eux, qui sont souvent leaders dans la contestation sociale, prennent le mouvement en cours de route. Pourquoi?
 
La rentrée universitaire «ne date que de trois semaines», rappelle Nicolas Guégan, porte-parole national de la FSE (Fédération Syndicale Etudiante). Et encore, «la première semaine, il n’y a pas beaucoup d’étudiants», constate-t-il. Difficile, dans ces conditions, de mobiliser les troupes sur le dossier des retraites. Autre argument, d’ordre pratique lui aussi, la taille des établissements. «Ils sont beaucoup plus grands que les lycées, c’est donc plus long pour informer les étudiants», poursuit Nicolas Guégan.
 
« Le milieu étudiant peut se mobiliser vite »

« On ne sait pas trop à quoi les gens s'opposent, confiait à 20 Minutes Laetitia, en première année de musique à Bordeaux III. Je suis consciente qu'il s'agit de mon avenir, mais je trouve que nous sommes mal informés. »
 
A l’université du Mirail, à Toulouse, on a fait en sorte que les étudiants le soient davantage. Des réunions d’informations ont été organisées dans un premier temps, à la rentrée, puis des Assemblées générales. Et mardi, les étudiants de l'université de lettres Mirail ont voté le blocage de l'établissement.
 
« Le milieu étudiant peut se mobiliser vite », affirmait également à 20 Minutes Charlie du Nouveau parti anticapitaliste (NPA) à Bordeaux. « On a déjà vu ça pour la loi LRU (relative aux libertés et responsabilités des universités), en une semaine et demie, la fac était bloquée. »
 
Le spectre de 2007 et 2009?

Le spectre des précédents mouvements étudiants, en 2007 puis 2009, pourrait-il constituer un frein à une entrée massive dans le mouvement sur les retraites? Plus de la moitié des établissements avaient alors été bloqués, compromettant la tenue des examens. «Il n’y a pas de trauma», répond Nicolas Guégan. Il faut juste attendre quelques semaines.
 
La sociologue Anne Muxel, auteure de «Avoir 20 ans en politique» (Editions du Seuil), est du même avis. «La rentrée vient de se faire. Les étudiants ont été momentanément moins disponibles que les lycéens, avec l’organisation pratique du début de l’année», souligne-t-elle, estimant que le mouvement est en train de se mettre en place.
 
Mobilisés pendant les vacances

Syndicats et lycéens comptent bien en tout cas sur les étudiants pour prendre le relais de la mobilisation pendant les vacances. Seule la moitié des universités est en vacances pendant la Toussaint, et aucune en région parisienne.
 
L’Unef (syndicat étudiant majoritaire, à gauche), qui avait appelé à une journée d’action aux côtés des syndicats lycéens (UNL et la FIDL) ce jeudi, compte bien mobiliser ses troupes: «Ceux qui font le pari d’une baisse de la mobilisation la semaine prochaine, vont le perdre, car les étudiants rejoindront les salariés », prévient Jean-Baptiste Prévost, président de l’Unef.

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