Une Fondation qui fait polémique

céline blampain

— 

La Fondation pour la mémoire de la guerre d'Algérie sera hébergée aux Invalides à Paris.
La Fondation pour la mémoire de la guerre d'Algérie sera hébergée aux Invalides à Paris. — JPDN / SIPA

Installée aujourd'hui par le secrétaire d'Etat aux Anciens Combattants, Hubert Falco, la Fondation pour la mémoire de la guerre d'Algérie, des combats du Maroc et de Tunisie suscite déjà la polémique. Les historiens spécialistes de cette période ont pour l'instant refusé de s'y associer. Elle aura pourtant pour mission de « transmettre la mémoire d'une période mal connue ».

Budget de 7,2 millions d'euros
Mais pour Sylvie Thénault, spécialiste de la guerre d'Algérie, elle vise surtout à flatter « les nostalgiques de l'Algérie française à des fins électoralistes ». Sa création était prévue par la loi controversée du 23 février 2005, consacrée à « la reconnaissance de la nation aux Français rapatriés », c'est-à-dire à ceux qui vivaient dans les territoires colonisés comme les pieds-noirs. Son article 4 avait déclenché un tollé en reconnaissant le « rôle positif » de la colonisation, « notamment en Afrique du Nord ». Remise au goût du jour par Nicolas Sarkozy en 2007, la fondation, hébergée aux Invalides, sera dirigée en partie par trois associations d'anciens combattants et dotée d'un budget de 7,2 millions d'euros. Selon Gilles Manceron, spécialiste du colonialisme et vice-président de la Ligue des droits de l'homme, ces associations comptent dans leur rang des généraux signataires d'un manifeste qui « justifie et minimise l'usage de la torture en Algérie ». L'historien Jean-Pierre Rioux redoute, lui, que « la vision des rapatriés soit privilégiée ». « Rien n'est prévu pour associer les Algériens », précise-t-il. Le conseil d'administration de la fondation se réunit aujourd'hui pour la première fois. Il devrait élire Claude Bébéar, ancien PDG d'AXA, et ancien combattant en Algérie, à sa présidence.