Une retraitée jugée pour avoir arraché le niqab d'une jeune femme

JUSTICE Elle n'a pas supporté de voir une personne voilée dans son quartier...

E.O. avec AFP

— 

«Pour moi, le port du voile est une agression. On ne porte pas le niqab dans mon pays», se justifie Marlène, 63 ans. Cette prof d’anglais à la retraite comparaît ce jeudi devant le tribunal correctionnel de Paris pour avoir agressé une femme voilée dans une boutique de la capitale.
 
Le 3 février dernier, Marlène fait du shopping dans son quartier du 15e arrondissement de Paris. Dans une boutique de décoration, elle croise une jeune femme de 26 ans, Shaika, originaire des Emirats arabes unies, vêtue d’un voile intégral.
 
Agacée, elle l’interpelle, d’abord en français, puis en anglais. «Je lui ai dit de baisser le voile qu’elle avait sur le visage tout en le saisissant et le tirant vers le bas», raconte t-elle.
 
«Maintenant, je peux voir ton visage»

L’altercation aurait pu s’arrêter là mais quand les deux femmes se recroisent, quelques minutes plus tard, Shaika a remis son voile. Cette fois ci, Marlène s’emporte: «Je me suis dirigée vers elle et je lui ai arraché le niqab. Nous en sommes arrivées aux mains. J'étais énervée.»
 
La retraitée gifle la jeune femme, la griffe et va jusqu'à lui mordre la main. «Maintenant, je peux voir ton visage», aurait-elle déclaré selon la déposition de la victime. Il faudra l'intervention des vigiles pour séparer les deux femmes. La touriste des Emirats décide de porter plainte.
 
Jusqu’à trois ans de prison

Aujourd’hui, Marlène reconnait qu’elle n’aurait pas dû s’énerver mais affirme, dans un entretien au Parisien que «voir un niqab dans le 15e arrondissement (l’)a choquée». «J’ai pris ça pour de la provocation. C’est une muselière, il ne manque plus que la laisse, c’est la négation de la femme.»
 
La retraitée assure qu’elle se rendra à son procès «pour rétablir la vérité». Jugée pour violences volontaires aggravées, elle encourt jusqu’à trois ans de prison. Des poursuites qu’elle juge «disproportionnées»: «On a quand même bien le droit de se disputer, non?»