Mobilisation: c'est quoi une journée d'action réussie?

SOCIAL Si l'ampleur des manifestations est un critère principal, il ne faut pas oublier le résultat obtenu au niveau politique...

Corentin Chauvel
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B.GUAY / AFP

La nouvelle journée de grèves et manifestations qui se tient  ce mardi sera-t-elle réussie? Alors que la mobilisation est jugée à la  mi-journée, par les syndicats comme par le ministère de l’Intérieur, en hausse  par rapport au 23 septembre, tout indique que le résultat sera positif. Mais  quels critères permettent concrètement d’établir cette  conclusion?

Les syndicats contactés par 20minutes.fr sont formels: ce  sont les chiffres qui parlent. Il y a ceux des manifestants et ceux des  grévistes. «On va évaluer tout ça, regarder aussi les décisions de  reconductions», indique Nadine Prigent, membre du bureau confédéral de la CGT,  qui assure que «s’il y a plus de manifestants, plus de secteurs en grève, ça  sera une journée réussie».

«Il n’est pas absurde de dire que c’est une journée  réussie»

De son côté, l’Unsa privilégie les manifestations aux grèves,  confie Jean Grosset, secrétaire général adjoint du syndicat. D’après lui, les  premiers chiffres connus suffisent à montrer «que c’est réussi». Ce mardi, ils  en attestent déjà: «Il n’est pas absurde de dire que c’est une journée réussie».  Et si, en plus, l’opinion publique soutient la mobilisation, comme l’indiquent  les derniers sondages, on ne peut rêver meilleur révélateur. «On voit  progressivement le mouvement qui monte, la manifestation qui gronde», estime  Jacques Voisin, président de la CFTC.

Pour les syndicats, l’objectif est ainsi à chaque fois  d’«élargir la mobilisation et son assise», avec toutes les formes possibles  (grèves, manifestations, lieux de rencontre). Quid des commentaires du  gouvernement en fin de journée? «Ces derniers temps, ils reconnaissent qu’il y a  une mobilisation, mais ils n’en tiennent pas compte», déplore Nadine Prigent.

Le résultat au niveau politique est  «fondamental»

Et pourtant, selon l’historien Stéphane Sirot, le résultat au  niveau politique est «fondamental». Il permet de voir si la journée d’action «se  suffit à elle-même ou s’il est nécessaire de revoir ce type de démarche».  D’après le spécialiste des mouvements sociaux, les mobilisations passées  «faisaient souvent réagir», mais depuis 2003, la question du résultat est  devenue «cruciale». Et pour la réforme des retraites, «cela fait cinq fois que  les salariés descendent dans la rue et il n’y a eu aucune avancée concrète»,  insiste Stéphane Sirot, joint par 20minutes.fr.

Les syndicats n’ont toutefois pas beaucoup d’autres marges de  manœuvre. La radicalisation? «Ils n’en ont pas envie, c’est une prise de  risque», répond l’historien. Si cette nouvelle journée d’action ne parvient pas  «à faire bouger les lignes», Stéphane Sirot estime alors que «pour les  syndicats, cela va devenir de plus en plus difficile de mobiliser en vue de  futurs mouvements».

Le gouvernement fait lui «le pari très dangereux de la vanité»

En effet, le gouvernement joue constamment sur «un essoufflement de lui-même du mouvement social», voire sur une division de celui-ci, indique François Miquet-Marty, directeur des études politiques chez Viavoice, contacté par 20minutes.fr. Pour l’exécutif, une journée d’action réussie se manifeste ainsi par une mobilisation en baisse, mais aussi par «un basculement de l’opinion publique» en sa faveur.

Sauf que pour y parvenir, il doit compter sur des «facteurs très lourds» explique le politologue: des «contraintes quotidiennes» (transports, carburant) et «une radicalité qui fait peur». Mais en faisant fi des différentes journées d’action qui se succèdent, le gouvernement ne prend pas vraiment le bon chemin. Au contraire, il fait «le pari très dangereux de la vanité», selon François Miquet-Marty, qui juge la démarche «périlleuse». «Il y aura un prix à payer», ajoute Stéphane Sirot, et celui-ci sera «probablement politique».