Fichier ethnique sur les Roms: Brice Hortefeux prêt à en «tirer toutes les conséquences»

REACTIONS Mais il affirme ne pas en avoir connaissance...

C.C. avec AFP

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G.JULIEN / AFP

Le ministre de l'Intérieur, Brice Hortefeux, s'est déclaré prêt ce jeudi à «tirer toutes les conséquences» de l'existence d'un fichier illégal de Roms et de gens du voyage si des éléments nouveaux apparaissent.

«Je n'ai pas connaissance d'un fichier appelé Mens («Minorités ethniques non sédentarisées»), mais nous avons demandé au groupe de contrôle des bases de données de la police et de la gendarmerie d'examiner le sujet afin de pouvoir tirer toutes les conséquences si des éléments nouveaux apparaissaient», a-t-il déclaré à l'issue d'une réunion avec ses homologues européens à Luxembourg. Ce groupe, présidé par le criminologue Alain Bauer, «se réunira dès la semaine prochaine», a-t-il indiqué.

Un «fichier ethnique, illégal et non déclaré»

Quatre associations ont déposé plainte contre un «fichier ethnique, illégal et non déclaré» établi par la gendarmerie sur les Roms et les gens du voyage, et cette démarche risque de relancer des accusations de discrimination contre Paris au sein de l'Union européenne.

«Il existe un fichier légal déclaré à la Cnil qui est un fichier de suivi des titres de circulation délivrés aux personnes sans domicile ni résidence fixe. Il ne comporte pas de référence à des origines», a rappelé Brice Hortefeux.

Le PS et le PCF exigent la «destruction immédiate» du fichier

La référence Mens a été utilisée par les gendarmes sur la base d'une note interne du 25 mai 1992, a-t-il indiqué. La gendarmerie, qui dépendait alors du ministère de la Défense, «a été rattachée au ministère de l'Intérieur l'an dernier» (en 2009), a insisté le ministre de l’Intérieur. Interrogé par Canal+, le conseiller spécial de Nicolas Sarkozy, Henri Guaino, a déclaré: «Mes informations, qui viennent directement de la gendarmerie, c'est que ce fichier n'existe pas ou plutôt qu'il n'existe plus de fichier de ce genre depuis 2007».

Le Parti socialiste et le Parti communiste ont exigé ce jeudi la «destruction immédiate» du fichier, les socialistes réclamant la création d'une commission d'enquête parlementaire pour vérifier l'origine et l'usage de l'ensemble des fichiers de police. «L'existence d'un tel fichier vient apporter une nouvelle preuve des mensonges du gouvernement, alors que le ministre de l'Intérieur répétait encore, le 25 août dernier, que le gouvernement ne fonde ses statistiques que sur les nationalités et non sur les communautés», écrit le PS dans un communiqué. «Le gouvernement se met à nouveau en contradiction avec les engagements européens et internationaux de la France», ajoute-t-il.

Le PS attend des explications de Nicolas Sarkozy et Brice Hortefeux

Le PS attend «des explications du président de la République et du ministre de l'Intérieur», poursuit le communiqué. La députée socialiste Delphine Batho a demandé dans la foulée que la commission des lois à l'Assemblée puisse «très rapidement auditionner Brice Hortefeux et le directeur général de la gendarmerie nationale», afin «d'obtenir des explications» sur le fichier incriminé.

Chargée d'un rapport d'information sur les fichiers de police, la députée avait à ce titre, avec son collègue UMP, Jacques Alain Bénisti, interrogé les directions générales de la police et de la gendarmerie «afin d'avoir connaissance de chacun des fichiers utilisés par les services de police et de gendarmerie», rappelle-t-elle.