Les histoires d'amour finissent mal en général

ADDICTION «20 Minutes» a pu assister à une réunion de Dépendants affectifs et sexuels anonymes...

Vincent Vantighem

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Ils ont parfois la honte qui assombrit le regard. L'amertume qui plisse les lèvres, aussi. Plus souvent, la colère qui hérisse le poil. Mais toujours la souffrance et le courage d'en témoigner. Sur le modèle des alcooliques, des dépendants affectifs et sexuels anonymes (DASA) se retrouvent régulièrement pour «partager» (lire l'encadré).

Une vingtaine de participants

Dans ce programme de guérison en douze étapes, tout le monde se raconte et personne ne juge. Ni Antoine*, membre depuis seize ans, pour qui «cette maladie est mortelle». Ni Catherine, nouvelle venue, qui avoue être «allée faire un tour au sex-shop juste avant d'entrer. Comme le fumeur s'en grille une dernière avant d'arrêter...»

La réunion – à laquelle 20 Minutes a pu exceptionnellement assister – se tient dans une petite salle de l'église Saint-Leu à Paris. A l'extérieur, les néons aguicheurs de la rue Saint-Denis. A l'intérieur, un simple crucifix en guise de décoration. Les DASA n'adhèrent pourtant à aucune cause ni aucune religion. Ils croient juste en «une puissance supérieure» capable de les aider.

Ce soir-là, ils sont une grosse vingtaine. Des jeunes, des vieux. Des beaux et des moches. Autant d'hommes que de femmes. Le thème du soir? La «Disponibilité émotionnelle». Claire ouvre le bal. Cette jolie blonde a justement rencontré quelqu'un d'émotionnellement indisponible. «D'habitude, je harcèle les gens. Mais là, non! lâche-t-elle dans un grand éclat de rire. Bon, je lui ai juste envoyé un SMS. Mais j'avance, je prends conscience de mon problème.» Autour, personne ne réagit. L'aveu à la fraternité doit suffire à aider Claire. Son «parrain», à franchir les différentes étapes qui mènent à la guérison.

«Donne-moi la sérénité d'arrêter»

Marion vient d'en franchir une. Lunettes et robe noires, elle porte physiquement le deuil après avoir rompu avec son copain. Mais c'est positif. «Je m'interdisais d'avoir une vie normale. Je vais toujours vers des personnes malades pour les aider. Mais c'est juste une manière de me détruire», souffle-t-elle dans un sanglot. La réunion touche à sa fin. Julien, l'animateur de la soirée, appelle les participants à former un cercle et à prononcer la prière: «Mon Dieu, donne-moi la sérénité d'arrêter.»

*Les prénoms ont été modifiés.

Psychologie

La dépendance affective et sexuelle est l'une des addictions abordée lors du Congrès international francophone d'addictologie qui se tient jusqu'à demain à Nantes. «C'est une maladie de la relation aux autres, confie Hervé L'Hostis, psychothérapeute. La souffrance entraîne un repli sur soi. Les groupes de parole comme les DASA permettent de rencontrer les autres, d'admettre sa maladie et donc d'enlever sa culpabilité.» Mouvement discret, les DASA sont ouvert à tous. Il y a des réunions tous les soirs à Paris et très régulièrement dans les grandes villes. Tous les renseignements sont disponibles sur dasafrance.free.fr.