«C'est une maladie comme l'alcoolisme, on peut rechuter»

TEMOIGNAGE Un dépendant affectif et sexuel livre son calvaire...

Vincent Vantighem

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Dépendant affectif et sexuel anonyme, Marc allait voir « les filles toxicos » ou disait qu'il était « producteur pour les convaincre ».
Dépendant affectif et sexuel anonyme, Marc allait voir « les filles toxicos » ou disait qu'il était « producteur pour les convaincre ». — JOBARD / SIPA

Ce soir-là, Marc* est l'un des premiers à réclamer la parole devant le groupe. Il trépigne sur sa chaise, au fond de la salle. Il ne va pas bien. «Je suis angoissé. Je suis retourné dans les “lieux” que je fréquentais avant... Mais je ne veux pas recompulser.» La parole passe au suivant. Marc enfouit son visage de quadra dans ses mains. Ote ses lunettes rectangulaires. Et soupire. Le soulagement de l'aveu, ce scénariste connaît. Cela fait neuf ans qu'il fréquente les DASA.

«Je me masturbais de façon compulsive»

«J'ai compris dès l'adolescence que j'avais un problème, confie-t-il plus tard devant un café. Je traînais dans des clubs glauques. Et puis, je me masturbais de façon compulsive. Trois à cinq fois par jour.» Cela ne posait aucun problème pendant ses études. Un peu plus quand il a commencé à travailler. «Je faisais du phoning. Entre deux coups de fil, je devais aller aux toilettes me masturber.» A l'époque, son forfait téléphonique de six heures par mois est «explosé» en deux jours. Le prix des «numéros roses».

Et puis, il y avait les filles. «Je ne suis allé qu'une fois voir les prostituées. J'ai toujours réussi à me débrouiller...» Marc caresse son front dégarni comme si la suite était difficile à avouer. «Le soir, dans certains endroits, on trouve toujours quelqu'un. Dans les rues ou les gares, j'allais voir les filles toxicos. Des fois, je mentais, je disais que j'étais producteur de ciné pour les convaincre...»

«Ça a tourné à la rigolade»

A ses amis, en revanche, Marc n'a pas menti. «Un jour, je leur ai avoué mon problème, ça a tourné à la rigolade.» Deux thérapies ne l'ont pas plus aidé. Seul les DASA l'ont compris. Neuf années de réunions lui ont permis d'avancer, mais pas d'en sortir complètement. «J'en suis à la neuvième étape sur douze. C'est une maladie comme l'alcoolisme. On peut toujours rechuter.»