Tout ce qu'il faut savoir sur la catastrophe écologique en Hongrie

ENVIRONNEMENT 20minutes.fr fait le point sur la situation depuis trois jours...

Corentin Chauvel (avec AFP)

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Des habitants nettoient leur village hongrois, mardi 5 octobre 2010, après qu'une coulée de boue rouge a envahi les rues.
Des habitants nettoient leur village hongrois, mardi 5 octobre 2010, après qu'une coulée de boue rouge a envahi les rues. — REUTERS/Bernadett Szabo

Alors que les autorités hongroises s'efforçaient ce mercredi de circonscrire la marée de boue rouge toxique provoquée lundi par la rupture d’un réservoir d'une usine de bauxite-aluminium de la ville d'Ajka (160 km à l'ouest de Budapest), l'écosystème autour du Danube est plus que jamais menacé. 20minutes.fr fait le point.

Quels sont les risques pour l’environnement?
Il est difficile de les déterminer exactement pour le moment. «On commence à y réfléchir, mais nous n’avons pas de données de base», notamment la concentration des substances polluantes dans les eaux ou leur nature exacte, explique Christophe Rousseau, adjoint au directeur du Centre de documentation, de recherche et d'expérimentations sur les pollutions accidentelles des eaux (Cedre), contacté par 20minutes.fr. Mais il est certain que cette pollution sera «lourde de conséquences». Selon le scientifique, une «boue rouge» est constituée de métaux lourds dont les caractéristiques ne sont pas connues sur le moment, contrairement à une pollution d’hydrocarbure, «beaucoup plus simple à gérer». Greenpeace a d’ores et déjà prélevé des échantillons d'eau mardi, révélant «la présence de plomb, de chrome et d'arsenic». Mais grâce à la pluie et au nettoyage des eaux entrepris depuis mardi, «le niveau alcalin de la rivière Marcal est déjà en baisse, et la rivière Raab devrait subir des dommages beaucoup moins importants» que redouté, a assuré un expert.

Que peuvent faire les autorités hongroises pour limiter les dégâts?
Concernant la pollution aquatique, le nettoyage des rivières est en cours depuis mardi et les autorités ont mis en place des barrages notamment sur la rivière Marcal pour assurer une dilution des substances toxiques et tenter d'empêcher leur dissémination en direction du Danube. La reconstruction des villages dévastés par la marée de boue pourrait prendre elle jusqu'à un an et coûter «des douzaines de millions d'euros», a estimé ce mercredi le secrétaire d'Etat hongrois à l'Environnement. La société MAL, propriétaire de l'usine, devra les financer, mais si elle n'en a pas les moyens, «la somme devra être apportée par le gouvernement hongrois ou bien il faudra demander l'aide de l'Union européenne», a-t-il ajouté.

La pollution peut-elle s’étendre à d’autres pays?
Oui, car la rivière Marcal se déverse dans la Raab qui est un affluent direct du Danube, le deuxième plus grand fleuve d'Europe. Celui-ci traverse une dizaine de pays et ceux en aval de la Hongrie (Serbie, Croatie, Roumanie, Ukraine) ont renforcé les contrôles des eaux afin de réagir à toute pollution éventuelle. Habitués à ce genre d’incidents, «les pays d’Europe de l’Est sont organisés avec un réseau d’alerte international pour y faire face», explique Christophe Rousseau. D’après les autorités roumaines, une arrivée éventuelle de substances polluantes dans le Danube en Roumanie ne se produirait que d'ici quatre à cinq jours et «avec une dilution certaine». A Kiev (Ukraine), un groupe de travail suit de près la situation même si «aucune menace pour l'Ukraine n'existe» vu l'importante distance entre la zone affectée et le territoire ukrainien, a assuré un responsable du ministère des Situations d'urgence.

Ce genre d’accident est-il récurrent en Europe de l’Est?
Oui. La dernière grande catastrophe du genre a eu lieu il y a dix ans, en Roumanie, qualifiée à l'époque de «deuxième Tchernobyl». Plus de 100.000 mètres cubes d'eau mélangée à du cyanure s'étaient déversés d'un lac de décantation d'une mine d'or de Baia-Mare, dans le nord du pays, et le Danube avait été gravement pollué. Cependant, «il y en a bien d’autres, régulièrement, moins médiatisées», indique Christophe Rousseau.