Jean-Hugues Matelly: «Dans une démocratie, les militaires participent au modèle citoyen»

SECURITE Gendarme et chercheur, il a été radié de la gendarmerie pour avoir exprimé une opinion, en tant que chercheur...

Propos recueillis par Oriane Raffin

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Jean-Hughes Matelly, le 26 avril 2010, à Paris.
Jean-Hughes Matelly, le 26 avril 2010, à Paris. — S. POUZET / 20 MINUTES

Le 25 mars dernier, Jean-Hugues Matelly, chef d’escadron de gendarmerie est radié pour manquement au devoir de réserve. «C’est la sanction la plus lourde et la plus inimaginable pour un cadre», note-t-il. En cause, des publications, en tant que chercheur au CNRS, critiquant notamment le rapprochement police-gendarmerie au sein du ministère de l’Intérieur. Ce jeudi, il publie un livre*, témoignage de ce qu’il a vécu.

Être chercheur et gendarme, compte tenu du droit de réserve des militaires, est-ce vraiment compatible?
Malheureusement, il n’est pas possible aujourd’hui d’être un gendarme et un chercheur qui émet un avis critique. Or, la liberté intellectuelle est indispensable au statut de chercheur.
Pourtant, à mon sens, les deux sont compatibles. Dans une démocratie, les militaires participent au modèle citoyen. Pas en remettant en cause les ordres de la hiérarchie, évidemment, mais, lorsque l’on réfléchit à un projet de grande envergure.

Le colonel De Gaulle, avant d’être célèbre, avait publié un ouvrage critique sur l’armée de métier. Personne n’avait envisagé de le radier. Je trouve dommage que les gendarmes sont cantonnés de plus en plus à l’écart de la vie de la cité.

Qu’allez-vous faire maintenant?
Je suis exclu de la Gendarmerie nationale, mais j’attends une décision sur le fond dans les prochaines semaines. En attendant, je perçois toujours mon salaire et j’occupe mon logement de fonction. En fonction de la décision du Conseil d’Etat, si je suis réintégré, il me faudra imaginer abandonner mon métier de chercheur.

Vous êtes donc prêt à y renoncer?
Ces quelques mois m’ont permis de prendre du recul. Les faits dictent leur loi. Si je poursuis dans mes recherches, est-ce que moi-même, je ne vais pas me sentir gêné aux entournures ou craindre des réactions en cas de critique du système? Mon engagement dans la gendarmerie passe en premier pour moi. J’y suis très attaché. On a pu dire que j’étais abandonné par la gendarmerie dans cette affaire, mais c’est faux, j’ai reçu énormément de soutiens pendant cette période.

*L’Affaire Matelly, de Jean-Hugues Matelly, aux éditions Jean-Claude Gawsewitch, sortie le 7 octobre