Les filles se font-elles plus violentes ?

Corentin Chauvel

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La délinquance féminine aurait explosé ces dernières années d'après une étude de l'Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales et de l'Institut national des hautes études de la sécurité et de la justice publiée hier (voir infographie). Les sociologues contactés par 20 Minutes relativisent.

La délinquance des filles est-elle un phénomène récent ? Non, il n'est pas nouveau et il faut le relativiser d'après les sociologues. « Les effectifs sont tellement faibles qu'une augmentation aboutit à une explosion », indique Coline Cardi, chercheur au Cresppa-CSU (Centre de recherches sociologiques et politiques de Paris–Cultures et sociétés urbaines).
Quelles formes prend la délinquance féminine ? D'après Sébastian Roché, directeur de recherche au CNRS, le domaine de prédilection féminin correspond à tous « les délits qui ne font pas de mal à autrui » : vol à l'étalage, fraude, etc. Cependant, il n'existe aucun domaine dans lequel elles commettent plus de délits que les garçons même si la hausse de la délinquance féminine constatée est valable pour tous les types d'infraction. « C'est curieux qu'elles progressent dans le vol avec violence, car il y a une répulsion chez les femmes de la violence », estime le sociologue. Pourtant, d'après Coline Cardi, les femmes qui sont en prison ont commis des faits « proches de ceux des hommes ».
Comment expliquer cette augmen­tation ? Pour Sébastian Roché, il n'y a « aucun élément d'explication » et « plus de doutes que de confirmations ». Selon lui, il pourrait y avoir éventuellement une baisse de la « discrétion policière » qui permet aux personnes, et notamment les filles, commettant des délits d'échapper à une procédure. « Aujourd'hui, elles sont davantage considérées par la police », confirme Coline Cardi. Mais celle-ci voit plutôt des « raisons politiques » dans cette mise en lumière de la délinquance féminine: « La violences des femmes choque et cela fait partie du discours sécuritaire actuel, pour qui ce phénomène confirme que tout va mal chez les jeunes et qu'il faut y appliquer une politique en conséquence. »