Pétain a durci en personne les mesures contre les Juifs

HISTOIRE C'est ce que prouve un document récemment exhumé...

M.P. avec AFP

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Le maréchal Pétain et Pierre Laval, son chef de gouvernement, à Vichy, en 1943.
Le maréchal Pétain et Pierre Laval, son chef de gouvernement, à Vichy, en 1943. — COLLECTION YLI/SIPA

La légende Pétain se fissure un peu plus. Fondateur du funeste régime de Vichy, le maréchal Pétain jouit encore d’une image ambivalente, à la faveur de son rôle libérateur lors de la Première Guerre mondiale, certains assurant qu’en 1940, il avait évité le pire à la France. Mais un document daté de 1940, exhumé des archives, accable Philippe Pétain. Il a annoté de sa main le projet de loi «portant statut des Juifs», les excluant d'un grand nombre de professions, élargissant de son propre chef le champ d'exclusion. Ce document a été remis récemment par un donateur anonyme au Mémorial de la Shoah.

Ce projet de loi a été débattu lors du Conseil des ministres du 1er octobre 1940 puis adopté le 3 octobre. A la main le chef du régime de Vichy a complété le texte initial de façon à exclure totalement les Juifs, français et étrangers, de la justice et de l'enseignement. Il complète la liste des tribunaux et juridictions d'où sont exclus les Juifs et ajoute aux mandats qui leur sont interdits les sièges dans «toute assemblée issue de l'élection». Sous sa plume, les Juifs ne peuvent pas non plus exercer la fonction d'«inspecteur des colonies». Le maréchal élargit à «tous les membres du corps enseignant» l'interdiction pour les Juifs d'exercer, alors que les rédacteurs du statut avaient prévu cette interdiction pour les recteurs, inspecteurs, proviseurs et directeurs d'établissements primaires et secondaires.

«Un bon Vichy, le Vichy de Pétain»

Le projet initial prévoyait une mesure d'exception: «être descendant de Juifs nés français ou naturalisés avant 1860», une phrase que Pétain raye. Enfin, il conclut ces mesures anti-juives en demandant que «les motifs qui les justifient» soient publiés au Journal officiel. Pour Me Arno Klarsfeld, ce souci du détail démontre que le maréchal, alors âgé de 84 ans, «n'était pas gâteux», contrairement à ce que ses défenseurs ont parfois affirmé. La cinquième feuille du projet indique le lieu de sa rédaction et la fonction de ses rédacteurs: «fait à Vichy, par le maréchal de France, chef de l'Etat, le vice-président du Conseil» et huit autres ministres. Il n'y a ni date, ni noms, ni signatures. La version promulguée au Journal Officiel le 18 octobre 1940 comporte tous les ajouts du maréchal Pétain, y compris «les motifs» justifiant les mesures.

«Pendant très longtemps, on a dit qu’il y avait un bon Vichy, le Vichy de Pétain et un mauvais Vichy, celui de Pierre Laval», souligne l’historien Jean-Pierre Azéma, dans Le Parisien de lundi. Mais, ajoute l’expert, «je ne suis pas du tout surpris» car Pétain était un homme «très autoritaire», «un homme d’ordre», «un homme xénophobe». Quant à la résurgence de ce document, soixante-dix ans après sa rédaction, Jean-Pierre Azéma estime qu’il faut demander à «Serge Klarsfeld, qui est un très bon pisteur».      

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