Réforme des retraites: Les jeunes vont-ils changer la donne?

DECRYPTAGE L'appel à la mobilisation en laisse certains sceptiques...

Maud Pierron

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M. BUREAU/AFP

Le mécontentement des jeunes contre la réforme des retraites monte. D’après Jean-Baptiste Prévost, le président du syndicat étudiant Unef, il y avait entre un tiers et 50% de jeunes en plus dans les cortèges du 23 septembre par rapport au 7 septembre.  Comme il faut battre le fer tant qu’il est chaud, l’Unef et les syndicats lycéens Unel et Fidl ont appelé leurs troupes à manifester les 2 et 12 octobre prochain lors des prochaines journées de mobilisation. Et le syndicat étudiant a lancé une campagne de mobilisation ce lundi. «C’est une période plus propice avec la rentrée étudiante», explique à 20minutes.fr Jean-Baptiste Prévost, qui assure avoir été étonné de l’intérêt des étudiants pour ce sujet «un peu lointain, pas palpable». «Le travail d’explication que nous faisons commence à payer, les jeunes refusent cette réforme qui va accroitre leurs difficultés à entrer dans le monde du travail et qui les privera du droit d’avoir une retraite à taux plein», se félicite-t-il.   

Des jeunes en renfort pour tordre le bras du gouvernement? «Il serait prétentieux de dire qu’à nous seul nous pouvons faire plier le gouvernement, mais nous pensons que la solidarité entre générations peut être un atout dans le rapport de force pour entraîner l’opinion.» Une prise de position qui recueille les suffrages des aînés. «Nous nous réjouissons de cette campagne. Ils viendront grandir le nombre de manifestants et pourront peser sur ce que fera le gouvernement», assure Eric Aubin, en charge des retraites à la CGT. Pour lui, il ne s’agit pas «d’un appui, d’un soutien» mais d’une mobilisation logique puisque le texte du gouvernement «touche les jeunes de plein fouet».

«Il faudrait une étincelle»

Le syndicaliste espère que cette mobilisation infléchisse la position du gouvernement. «Ils peuvent avoir un impact. C’est important que les jeunes nous rejoignent massivement car leur mobilisation a toujours pesé dans les négociations», assure Eric Aubin. «Avec les femmes et les jeunes, on est train de gagner la bataille de l’élargissement», estime-t-il. «Il n’est pas trop tard». Un enthousiasme tempéré par des spécialistes du mouvement étudiant. «Cet appel à la mobilisation des jeunes est à double tranchant: oui, ils peuvent être un vrai levier de mobilisation comme on l’a vu en 1995, mais on ne peut pas dire que la question des retraites soit leur première préoccupation, c'est différent du CPE», analyse Anne Muxel, sociologue au Cevipof et notamment auteur de L’expérience politique des jeunes. «Je les vois mal se mobiliser pour des questions de sortie du travail quand leur angoisse porte sur l’entrée dans le monde du travail», ajoute-t-elle. «Avec les jeunes, c’est risqué de faire des prévisions mais je suis un peu sceptique sur la capacité des syndicats à mobiliser», abonde Olivier Galland, président du comité scientifique de l'Observatoire de la vie étudiante  et sociologue spécialiste de la jeunesse au CNRS.

Lui aussi estime que la retraite n’est pas un sujet assez concernant pour les jeunes Français. «Pour allumer la mèche, il faudrait une étincelle et à ce propos le gouvernement a été bien inspiré de supprimer son projet sur l’impossibilité de cumuler la demi-part fiscale et les aides au logement étudiant», ajoute-t-il. «Mais parfois, il suffit de pas grand-chose, comme une maladresse, pour que la mayonnaise monte».