Abdul X: «Hortefeux, c'est un comédien, un clown»

ENTRETIEN Le rappeur est poursuivi par le ministre de l'Intérieur pour son clip «Tirez sur les keufs». 20minutes.fr l'a rencontré chez lui, à Sèvres...

Julien Ménielle

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Capture d'écran du clip «Tirez sur les keufs» d'Abdul X.
Capture d'écran du clip «Tirez sur les keufs» d'Abdul X. — DR/YOUTUBE.COM

Abdul X a encore des choses à dire. Le rappeur qui a déclenché la colère des syndicats de police avec son clip «Tirez sur les keufs» s’est excusé en août. Mais, à quelques jours de son passage au tribunal pour la plainte déposée par Brice Hortefeux en personne, le gaillard de 21 ans tient à mettre les choses au point.

Rendez-vous à Sèvres, sa ville, celle où il a grandi entre une mère algérienne avec laquelle il vit toujours, et un père antillais retourné vivre en Martinique. «Devant chez ED», précise Abdul X -Pascal de son autre prénom- au téléphone. Casquette sur la tête, veste zippée sur un débardeur noir, Abdul X descend l’avenue et se signale d’un signe de la main. Le bonhomme, amateur de basket et de boxe, a la silhouette massive et l’air déterminé.

«Un complot de racistes»

«Je me suis excusé pour ma mère, pas pour Hortefeux, précise-t-il d’emblée. Hortefeux, je l’emmerde.» Direction le petit bar du coin, dans le centre de cette ville de la banlieue ouest. Sur le chemin, les commerçants saluent Abdul. «Les gens me soutiennent», explique le jeune homme. Installé en terrasse devant son café, Abdul X reprend le fil de son affaire.

«Moi, je n’ai jamais voulu faire le buzz», assure-t-il. Sa vidéo, postée sur Youtube, n’a dû sa notoriété qu'au fait que le site fdesouche connoté d’extrême droite (bien que son auteur le nie), l'a mise en avant. «Un complot de racistes: d’abord fdesouche, ensuite Brice Hortefeux», dénonce Abdul X. Car selon lui, «le buzz a pris pour des raisons politiques», en plein tour de vis sécuritaire.

«J’assume tout ça la tête haute»

«Hortefeux fait le coup de feu!» Un vieux monsieur vient interrompre Abdul X pour lui serrer la main. Le rappeur reprend. Oui, il s’est excusé, mais sous la pression de sa mère, «très choquée par cette histoire». Pas sincère le mea culpa? «Tirer sur les flics, tout le monde sait que c’est pas ça... C’est du rap.» Abdul élude. «J’assume tout ça la tête haute», affirme-t-il. Et puis, il le répète: «Derrière tout ça, il y a un artiste» dont «toutes les chansons n’insultent pas la police».

Son message, pourtant, est clair: «Arrêtez les bavures, arrêtez les mensonges des politiciens». Sa chanson polémique, il raconte l’avoir écrite «vers 17 ou 18 ans, en sortie de garde à vue». Les «contrôles abusifs», le «délit de faciès», il connaît. Les procès aussi: «La prison, ça ne me fait pas peur». Mais pas question de «se laisser caricaturer» par Brice Hortefeux. «C’est un comédien avec un grand C, un clown, même», lance Abdul à l’attention du ministre, qu’il n’a jamais rencontré.

«Un bon coup de pub»

«Un vrai manque de pédagogie», estime Abdul. En attendant de croiser la route de Brice Hortefeux -peut-être le 12 octobre, au tribunal- le rappeur ne perd pas le nord. «J’ai déjà répondu à Brice Hortefeux dans une vidéo, j’écris une chanson sur les politiques», égrène-t-il. Il a aussi signé un duo intitulé «Tu sais qui on est» avec Cortex, un rappeur aux prises judiciaires avec Marine le Pen et Eric Zemmour.

«Mon myspace a été supprimé, mais j’en prépare un autre pour bientôt», poursuit Abdul. Le buzz, il le répète, il ne l’a pas cherché. «Mais ça me fait un bon coup de pub», reconnaît le rappeur. Un coup de pub qui lui a valu quelques parodies pour moquer ses excuses. «Un coup des fachos», assène Abdul, sans se départir de son assurance: «Les gens savent que j’habite à Sèvres. S’ils ont un problème, qu’ils viennent me voir».

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