La bataille des chiffres mobilise l'attention

Delphine Bancaud, Vincent Vantighem et Gilles Wallon

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Les manifestations vont-elles pousser le chef de l'Etat à aménager le projet ?
Les manifestations vont-elles pousser le chef de l'Etat à aménager le projet ? — WITT / SIPA

Décidément, syndicats et policiers n'ont pas eu les mêmes profs de mathématiques. Selon la CGT, 3 millions de personnes ont défilé hier en France contre la réforme des retraites. Un chiffre supérieur à la mobilisation du 7 septembre (2 735 000 personnes, selon les syndicats), et équivalent au pic de 2006 contre le contrat première embauche (CPE).
Mais de son côté, le ministère de l'Intérieur chiffrait le nombre de manifestants à 997 000 personnes. Et il soulignait surtout que la grève dans les entreprises, elle, avait été moins suivie que lors de la dernière journée d'action.
Chaque camp y a donc vu une victoire. Illustration dans un communiqué de l'Elysée paru à la mi-journée : « Soit les Français considèrent que tout cela est déjà derrière eux, soit ils adhérent davantage » au projet de réforme.
« La raison est en train de l'emporter, nous a aussi confié Dominique Paillé, porte-parole de l'UMP. Les Français ont compris l'intérêt de la réforme pour eux et pour l'équilibre du système des retraites. » Hier soir sur France 2, Eric Woerth constatait, lui aussi, qu'il y avait « une décélération incontestable de la mobilisation, dans la rue et dans la grève ».
Au contraire, pour le secrétaire général de la CFDT, François Chérèque, « le pari est perdu pour le gouvernement ». Côté socialiste, Martine Aubry a de nouveau demandé le retrait du projet de réforme, et signalé que « beaucoup de jeunes et de femmes avaient rejoint le cortège ».
Les centrales syndicales décideront cet après-midi de la suite à donner au mouvement. Mais le gouvernement ne semble pas près de bouger. Et mise sur des divergences de stratégie entre les syndicats.