«Nous sommes trop attentifs à nos problèmes sexuels»

SANTE Il sillonne la France jusqu'au 2 octobre. Objectif: parler sexualité en toute liberté. Reportage à bord du camion «Vivre son couple»...

Julie Rasplus

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Le camion "Vivre son couple" sillonnera la France jusqu'au 2 octobre 2010 dans sept villes au total
Le camion "Vivre son couple" sillonnera la France jusqu'au 2 octobre 2010 dans sept villes au total — J. Rasplus / 20minutes.fr

«J’étais contente de trouver un endroit pour parler». Emma* a 31 ans. Elle sort tout juste de son entretien avec un des deux psychologues-sexologues de l’Adirs (association pour le développement de l’information et de la recherche sur la sexualité). Derrière une porte verte, la jeune femme est venue confier ses problèmes de sexualité en tout anonymat et gratuitement, dans un des petits bureaux du camion «Vivre son couple».

Emma s’est rendue seule au parc de la Villette à Paris où était situé le camion, mercredi. «Quand j’ai cherché sur Internet, je ne trouvais que des liens québécois. C’était comme si, en France, les interlocuteurs n’existaient pas. Et on se sent gêné d’en parler», confie-t-elle.

«Désacraliser mon problème»

Pendant une vingtaine de minutes, la jeune femme a pu parler baisse de désir avec la spécialiste Camille Henry*. «Comme j’ai une maladie incurable, je pensais que c’était lié. Ce n’est pas le cas. Cela m’a permis d’y voir plus clair et de désacraliser mon problème. Des baisses de désir, tout le monde en a», se rassure-t-elle.

C’est là tout l’objectif des deux sexologues. Pull rose et yeux bleus, Camille Henry précise: «Nous sommes ici pour écouter, conseiller puis orienter les gens vers des spécialistes qui pourront les aider, comme des andrologues ou des thérapeutes de couple.» Le moins qu’on puisse dire, c’est que la sauce a pris. Pour Emma, c’est décidé, «je vais prendre rendez-vous avec un sexologue.»

Un «besoin de parler de sexe »

Un camion qui sillonne la France pour aborder à visage découvert ses problèmes d’érection, d’éjaculation précoce, de baisse de désir ou de vaginisme, l’idée peut faire rire mais elle est finalement prise très au sérieux par les personnes qui viennent se confier. Place de la Fontaine aux lions, les passants s’arrêtent dès qu’on leur remet les flyers explicatifs.

«Les gens ont besoin de parler de sexe», s’exclame Camille Henry. «Dans notre société, il n’y a pas de tabou… tant que ça marche», sourit-elle. «Après on focalise. On est beaucoup trop attentifs à nos problèmes sexuels. C’est assez symptomatique de notre société de compétition.»

Le tabou des troubles de l’érection

Ce mercredi, plus de trente personnes sont passées dans les bureaux du camion. Des hommes en majorité pour des problèmes érectiles. Plusieurs plaquettes explicatives sont d’ailleurs disponibles à l’entrée; c’est le thème de la tournée 2010.

«Les gens –hommes et femmes- sont très anxieux par rapport à cela. A partir d’une perte d’érection, le cerveau amplifie les choses. Cela peut provoquer ce qu’on appelle une spirale d’échec», regrette Camille Henry. Ca dépend aussi beaucoup de la réaction de la femme.

Parler de tout pour avancer

«On les écoute pour savoir si c’est médical, en cas de diabète par exemple», précise Camille Henry. «On explique aussi que les horloges du désir ne sont pas les mêmes pour les hommes et les femmes». C’est cela que Kamel* est venu chercher, un peu par hasard. Pas de problèmes sexuels pour lui mais une «crise dans mon couple».

«Le psychologue m’a aidé à comprendre la différence de raisonnement entre les deux sexes. Ca m’a toujours semblé compliqué», avoue le jeune homme. Il repart, soulagé d’avoir pu parler à des spécialistes «accessibles»… et pas que dédiés au sexe.

*Les prénoms des patients sont des noms d'emprunts, à leur demande. Celui de la sexologue également, celle-ci étant écoutante sur une ligne anonyme concernant la sexualité.

Le camion «Vivre son couple» sillonne la France du 20 septembre au 2 octobre, dans le cadre de la deuxième campagne nationale à ce sujet. L’événement a été impulsé par l’institut Lilly, en partenariat avec l’Adirs, l’Aihus (Association Inter Hospitalo-Universitaire de Sexologie) et l’AFU (Association française d’urologie).

Après Lille et Paris, les personnes peuvent venir parler couple et sexualité, sans tabou, gratuitement et anonymement dans cinq autres villes: Rouen, Rennes, Bordeaux, Marseille et Strasbourg. Dates de passage ici.