Dans quelles conditions les otages du Niger survivent-ils en plein désert?

DECRYPTAGE Le point sur la situation des captifs avec un spécialiste...

Julien Ménielle

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Un véhicule circule le long de la frontière du désert du Sahara à Forgho, dans le nord du Mali, le 7 août 2003.
Un véhicule circule le long de la frontière du désert du Sahara à Forgho, dans le nord du Mali, le 7 août 2003. — REUTERS/Yves Herman

«Tous les jours, j’ai cru que ma dernière heure était arrivée.» Quand Pierre Camatte évoque ses trois mois de captivité dans le désert malien sur France-Info, l’otage français raconte un véritable calvaire. Comme lui, les sept otages, probablement aux mains d’Al-Qaida au Maghreb islamique (Aqmi) dans la même région, vivent depuis jeudi dans des conditions particulièrement difficiles.

Stress intense

«Les otages doivent être extrêmement stressés», suppose Régis Belleville, aventurier méhariste, qui connaît particulièrement bien la région. D’abord le stress de l’enlèvement. Pierre Camatte a décrit le sien comme violent, avec le souvenir d’avoir été «bâillonné», «menotté», d’avoir reçu «des coups» et d’avoir été «jeté comme un paquet de linge sale» dans un véhicule.

Mais surtout, sur place comme ailleurs, personne n’ignore le sort réservé à l’otage Michel Germaneau, exécuté en juillet dernier. «Ils savent aussi que les tensions sont importantes avec la France, qui s’est engagée dans une véritable guérilla», indique Régis Belleville. D’où un stress intense, qui pourrait diminuer leurs capacités à lutter contre la chaleur du désert.

A boire et à manger

«Dans la journée, la température peut atteindre 50 degrés, et descendre à 15 la nuit», raconte l’aventurier. Et, selon lui, le stress altère la faculté du corps à réguler sa propre température et aggrave la déshydratation. Pierre Camatte, une fois libéré avait par ailleurs décrit des «conditions d’hygiène épouvantables, une alimentation et une eau absolument dégoûtantes».

L’otage avait souffert de coliques néphrétiques pour avoir refusé de boire. Une erreur, pour Régis Belleville. «Dans la région, les puits sont très profonds, et l’eau est donc très pure», estime-t-il. Concernant l’alimentation, le méhariste indique que les ravisseurs peuvent acheter sans crainte aux tribus locales viandes et féculents, «peu de bactéries et de champignons survivant dans le Sahara».

Camouflés dans la journée, circulant la nuit

Pierre Camatte a décrit une prison sans barreaux, l’immensité, la solitude. Les otages sont cette fois en groupe, et se déplacent probablement, suppose Régis Belleville: «Ils sont sans doute camouflés dans la journée et circulent la nuit pour ne pas être repérés.» Les ravisseurs pourraient même, d’après lui, avoir recours à des chameaux pour se déplacer discrètement, «comme le font de plus en plus les trafiquants, très nombreux dans cette zone.»

Leurs geôliers, «sans doute le groupe de l’émir Abou Zeid, qui sévit dans cette région», sont des spécialistes du Sahara, rappelle Régis Belleville: «il n’y a pas d’inquiétude à avoir pour la survie des otages. S’ils veulent qu’ils survivent.» Pierre Camatte, s’il se souvient «des baffes» et «des menaces directes avec le canon de la kalachnikov», a retrouvé ses Vosges. Michel Germaneau n’a pas eu cette chance.

Ouvrage

Régis Belleville est l'auteur de Voyage au bout de la soif (Ed. Tansboréal - octobre 2010)