« ON EST SUR LES GENOUX. ON NE S'EN SORT PLUS… »

Recueilli par V. V.

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Sur son bureau du tribunal de grande instance de Tours (Indre-et-Loire), Sabine Orsel a près de 400 dossiers qui l'attendent. Mais cette juge des enfants passe le plus clair de son temps en audience. « On est sur les genoux, confie-t-elle. A force de ne pas remplacer les fonctionnaires, on ne s'en sort plus. »
Et les perspectives ne la réjouissent pas. En mars 2011, l'assistante de justice doit partir. Et Sabine Orsel ne sait pas encore si elle sera remplacée. « Elle s'occupe de l'application des peines pour les mineurs, détaille la juge. Que se passera-t-il si plus personne ne remplit cette tâche ? »

« A 22 h, on a chaud. On est fatigué ! »
Ce matin, Sabine Orsel ne sait pas encore si elle suivra le mouvement de grève. « On pense aux justiciables et à leurs situations. Ne pas siéger peut avoir de lourdes conséquences. Que se passera-t-il si on renvoie une audience au cours de laquelle on aurait placé un enfant battu ? D'un autre côté, nos conditions de travail sont tout aussi importantes. » A commencer par la durée des audiences. « Finir une audience après 22 h quand on a débuté à 13 h, ce n'est plus possible. On a faim. On a chaud sous la robe. On est fatigué. Le risque d'endormissement est important. » La tentation du renvoi est grande. Mais la charge de travail encore plus. Et les audiences s'accumulent. « Quand je siège en correctionnelle, je me retrouve avec des affaires qui datent de cinq ou six ans. Je comprends les prévenus qui ont du mal à se souvenir. »