«La guerre de 39-45 est l'élément de comparaison pour exprimer le pire»

DECRYPTAGE Le débat sur les Roms a donné lieu à nombre de dérapages de la part des politiques. Explications...

Propos recueillis par Julie Rasplus

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STR/AFP

«Collabo», «holocauste des Roms», «Vichy», «nazi»... Avec le tour de vis sécuritaire de Nicolas Sarkozy à l’égard des Roms, ses adversaires politiques, français ou étrangers, s’en donnent à cœur joie dans les réactions et autres références historiques, au risque de déraper.

«L’histoire est un intemporel de la politique française. C’est un puissant fond de symboles», rappelle Arnaud Mercier, professeur en communication politique à Metz. Pas étonnant, selon lui, que le discours politique actuel se teinte ainsi de références à la Seconde guerre mondiale.

«Ses vingt dernières années, elles sont plus fréquentes avec la montée du racisme, de la xénophobie et de l’extrême droite», ajoute Christian Delporte, historien et professeur à l’université de Versailles St Quentin.

L’histoire, base de la rhétorique politique

«La guerre de 39-45 est très présente dans nos mémoires et soulève des émotions considérables. C’est l’élément de comparaison pour exprimer le pire», renchérit l’historien. «Là, avec les questions concernant les Roms, on parle d’une population discriminée. Le geste rappelle des choses. La référence aux Juifs est donc quasi systématique», explique-t-il.

Mais le mélange entre histoire et politique n’est pas nouveau et fait toujours réagir. «C’est un argument classique dans la rhétorique politique. Les termes qui se réfèrent à la Seconde guerre mondiale sont très utilisés pour décrédibiliser l’adversaire», précise Arnaud Mercier.

Erreur de communication

Mais pour ce dernier, la référence peut rapidement être contre-productive: «Quand on est excessif comme ça, on offre aussi à celui qu’on attaque la possibilité de s’éloigner du débat. C’est une erreur de communication assez classique.»

Plus que cela, les deux hommes s’accordent sur l’inadéquation de ces références à Vichy et au génocide, courantes ces dernières semaines. Pour Christian Delporte, «c’est déplacé mais inévitable. Ca ne veut pas dire qu’on peut comparer expulsion des Roms et extermination des Juifs. Ce sont deux choses différentes.»