Catherine Coutelle: «Eric Woerth est d'une arrogance et d'un mépris rares»

INTERVIEW La députée PS raconte dans quelles circonstances elle a été traitée de «collabo» par le ministre...

Propos recueillis par Julien Ménielle

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La député socialiste Catherine Coutelle, le 8 décembre 2009 à l'Assemblée.
La député socialiste Catherine Coutelle, le 8 décembre 2009 à l'Assemblée. — MEHDI FEDOUACH/AFP PHOTO

Dans le cadre du débat sur les retraites, le ton est monté à l’Assemblée nationale. Mercredi, la député socialiste a interpellé Eric Woerth en ces termes: «Monsieur le ministre, vous nous avez plutôt habitués à mentir. Chez vous, cela semble être une seconde nature, voire votre nature». Une invective à laquelle le ministre a répondu en traîtant la députée de «collabo». Récit.

Dans quelles circonstances votre altercation avec Eric Woerth s’est-elle produite?
L’incident s’est produit mercredi matin, vers 6h. Il faut savoir que la séance avait débuté la veille à 15h et que nous n’avions eu droit qu’à une interruption d’une heure pour le dîner. Je suis responsable pour l’égalité hommes/femmes, et nous en arrivions à l’article qui s’y réfère. L’avant-dernier… Eric Woerth a toujours refusé de venir devant la délégation pour le droit des femmes, qu’il a refusé de prendre en compte dans son texte. Il a pourtant déclaré dans la presse que le projet de réforme des retraites était une «avancée extraordinaire» pour les femmes. C’était la goutte d’eau, j’ai foncé bille en tête.

Vous avez eu des mots durs...
Je le reconnais. Mais mon intervention était écrite à l’avance. Je précise que j’ai dit à Eric Woerth qu’il nous a habitué au mensonge sur le sujet du droit des femmes. J’ai d’ailleurs argumenté en ce sens, et je maintiens: il nous a toujours menti. C’est alors qu’Eric Woerth m’a traitée de «collabo».

Quelle a été votre réaction?
Sur le moment, je n’ai pas entendu, c’est un de mes collègues (Christian Eckert, ndlr) qui a réagi en dénonçant ces propos scandaleux. Il m’en a ensuite informée et j’ai constaté que ces propos figuraient dans le compte-rendu des débats sur le site de l’Assemblée nationale. C’est scandaleux et complètement décalé, ce sont des injures stupides. Le terme «collabo» a une connotation très particulière dans la langue française. Alors à mois qu’Eric Woerth ne se considère comme une sorte de résistant...

Quels rapports aviez-vous avec Eric Woerth jusqu’ici?
J’ai toujours eu du mal à débattre avec lui. Eric Woerth est d’une arrogance et d’un mépris rares. Toute cette réforme était d’ailleurs la réforme du mépris.

Que comptez-vous faire?
Je vais écrire à Eric Woerth et au président de l’Assemblée pour exiger des excuses. Ca n’ira pas plus loin. Ces sont des injures stupides, le plus grave ce sont les retraites et la façon non démocratique dont se sont déroulés les débats. Dans les couloirs, j’ai d’ailleurs dit aux députés UMP que c’étaient eux qui étaient dans l’esprit de Vichy, que c’étaient eux les collabos.