La générosité pourrait subir un coup de rabot

SOLIDARITE Les associations craignent de subir le contrecoup de la réduction des niches fiscales...

Céline Blampain

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Les Restos du Coeur, qui ont servi depuis leur création par Coluche en 1985 un milliard de repas, lancent lundi leur vingt-troisième campagne avec l'objectif de nourrir sainement, une année encore, les plus démunis mais aussi de lutter contre la précarisation grandissante.
Les Restos du Coeur, qui ont servi depuis leur création par Coluche en 1985 un milliard de repas, lancent lundi leur vingt-troisième campagne avec l'objectif de nourrir sainement, une année encore, les plus démunis mais aussi de lutter contre la précarisation grandissante. — Mychele Daniau AFP

«Après réduction d'impôt, votre don de 60 euros ne vous revient qu'à 20 euros.» Affiché en gras sur tous les sites d'associations caritatives, l'argument pèse lourd. Et pourtant. Les réductions fiscales au titre de dons pourraient être en sursis. C'est ce que craint le président du syndicat France générosités, André Hochberg, qui doit rencontrer aujourd'hui le ministre des Solidarités actives, Marc Philippe Daubresse, pour lui faire part de ses inquiétudes.

« Pas une niche fiscale »

Les réductions d'impôt pour les dons seraient dans le collimateur du gouvernement, qui a promis «un coup de rabot» de 10% sur les niches fiscales. Objectif : réduire le déficit public. Dans un entretien au journal Les Echos, jeudi dernier, le ministre du Budget, François Baroin, a affirmé: «La question de la réduction d'impôt au titre de dons qui irrigue une partie non négligeable de la politique sociale n'est pas encore tranchée.»

Surnommé «amendement Coluche», en hommage à l'humoriste qui l'avait réclamé après la création des Restos du cœur, ce dispositif permet à tout contribuable de déduire de ses impôts jusqu'à 75% des sommes versées aux associations.«Nos donateurs ne sont pas très riches. Ils sont en majorité issus de la classe moyenne, explique Jean-François Riffaud, porte-parole de la Croix-Rouge. Pour nous, ce n'est pas du tout une niche fiscale, c'est un dispositif de solidarité nationale.»

France générosités, qui représente les grandes associations françaises, redoute une baisse de la solidarité privée. «La France est très en retard par rapport aux pays anglo-saxons. Grâce à ce mécanisme, les dons commencent à décoller depuis quelques années. Si on le remet en cause, on va casser cette dynamique.» Les réductions d'impôt au titre de dons coûtent à l'Etat en moyenne 1,5 milliard d'euros par an. Le ministre du Budget, François Baroin, doit rendre ses arbitrages en fin de semaine.

Chiffres

En moyenne, les Français donnent 3 milliards d'euros par an, dont 100 millions d'euros pour le Téléthon. Un Français sur quatre donnent régulièrement 0,8% de ses revenus. Deux tiers des Français sont des donateurs fidèles. 75% des Français donnent à plusieurs causes. (Source: association Recherches & Solidarités)