Pédophilie en Belgique: «C'est le dossier Dutroux de l'Eglise»

BRUXELLES Un rapport fait état de centaines de cas et de 13 suicides...

C. F. avec AFP

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Patrouille de police devant la cathédrale St. Rumbold's, près du siège de l'Eglise belge, à Malines-Bruxelles en Belgique, où des perquisitions ont été effectuées le 24 juin 2010.
Patrouille de police devant la cathédrale St. Rumbold's, près du siège de l'Eglise belge, à Malines-Bruxelles en Belgique, où des perquisitions ont été effectuées le 24 juin 2010. — AFP PHOTO / BELGA PHOTO / MARC GYSENS

La Belgique de nouveau secouée par un scandale de pédophilie. Cette fois-ci, c’est au sein de l'Eglise catholique que les faits se sont déroulés. Le rapport final de la «Commission pour le traitement des plaintes pour abus sexuels dans une relation pastorale», mise sur pied par l'Eglise mais dirigée par un pédopsychiatre indépendant, Peter Adriaenssens, révèle treize suicides et six tentatives «en relation avec l'abus sexuel d'un prêtre.»

La Commission, qui indique avoir reçu entre janvier et juin 2010 475 plaintes, publie par ailleurs une centaine de témoignages de victimes de prêtres.

Des faits commis des années 50 à la fin des années 80

«C'est le dossier Dutroux de l'Eglise», a déclaré au cours d'une conférence de presse à Louvain le professeur Adriaenssens, comparant l'impact que devrait avoir son rapport sur la société belge avec le choc causé par la révélation des crimes du pédophile meurtrier Marc Dutroux au milieu des années 1990.
 
La plupart des témoignages concernent des faits commis des années 50 à la fin des années 80 par des ecclésiastiques, mais aussi des professeurs de religion ou des accompagnateurs de mouvements de jeunesse. Deux tiers des témoignages proviennent d'hommes, pour un tiers de femmes, en moyenne âgés de 50 à 60 ans aujourd'hui.

Des victimes âgées de 2 à 12 ans

Leur calvaire a commencé lorsqu'ils avaient en moyenne 12 ans. Pour certains, les faits ont débuté alors qu'ils n'étaient âgés que de deux ou cinq ans. Parmi les témoignages, souvent dramatiques, une femme abusée à l'âge de 17 ans par un prêtre explique avoir tenté de se confier à un évêque en 1983. Il a répondu: «Cessez de le regarder, il vous laissera tranquille.»
  
«On se rend compte qu'on était tout à fait mal informé et que l'on ne savait pas la gravité des choses et le fait que ces victimes étaient blessées à vie», a réagi l'évêque de Tournai (ouest), Guy Harpigny.
 
«Certaines ont commis des suicides. C'est extrêmement grave. La mentalité est en train de changer et je crois que les autorités dans l'Eglise sont prêtes aussi à agir dans ce changement», a ajouté l'évêque, chargé de la question de la pédophilie au sein de l'Eglise belge.

«Aucune congrégation n'échappe à l'abus sexuel»

Dans son rapport, disponible sur le site www.commissionabus.be, la commission a établi «qu'aucune congrégation n'échappe à l'abus sexuel de mineurs par un ou plusieurs de ses membres».
 
L'ancien primat de Belgique, le cardinal Godfried Danneels, a été accusé d'avoir tenté d'étouffer plusieurs de ces affaires pour protéger l'image de son institution. Mais l'enquête judiciaire entamée pour vérifier s'il y a eu dissimulation a subi un coup d'arrêt jeudi avec l'invalidation de perquisitions spectaculaires menées le 24 juin au siège de l'Eglise belge, au domicile du cardinal Danneels et au sein de la commission Adriaenssens.