À la fois opposés et résignés sur les retraites

EXCLUSIF Un sondage Obea-InfraForces pour «20 Minutes» et France Info sur le projet de réforme...

Gilles Wallon
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Le projet de réforme des retraites fait l'unanimité contre lui.
Le projet de réforme des retraites fait l'unanimité contre lui. — IDE

Entre les Français et le gouvernement, la fracture s'accentue. A la veille d'une journée sociale capitale, sur laquelle les syndicats misent beaucoup pour faire modifier la réforme des retraites, le sondage Obea-InfraForces pour 20 Minutes et France Info* vient le rappeler : la majorité des sondés n'approuve pas le projet proposé par Nicolas Sarkozy et son ministre du Travail, Eric Woerth. Mais cette étude apporte une autre information: les Français soutiennent massivement les manifestations de demain, mais ils ne croient pas à une modification du texte de loi, qui commencera à être examiné, le même jour, à l'Assemblée nationale. Opposés à la réforme, ils sont donc fatalistes.

Dialogue de sourds
C'est pourtant la colère qui s'exprime en premier. « Les Français se sentent incompris de leur gouvernement, note Philippe Tapia, directeur de l'institut de sondage InfraForces. Ils ont l'impression que leurs dirigeants ne les écoutent plus. »
La question des retraites est symbolique de ce dialogue de sourds. «C'est un élément fondamental de notre système social, poursuit Philippe Tapia. Dès qu'on y touche, c'est une levée de boucliers. La réforme en cours focalise toute l'attention des Français: 87% sont préoccupés par le sujet.»
En masse, les sondés rejettent le texte de loi, qui fait passer l'âge légal de départ de 60 à 62 ans, et l'âge pour un taux plein de 65 à 67 ans. Ainsi, 63,5% d'entre eux le trouvent injuste. A 68%, ils jugent qu'il ne résout pas le problème sur le long terme. Pour 79%, il ne met pas tous les Français sur un pied d'égalité.
Malgré ses efforts de communication, le gouvernement n'a donc pas convaincu. «Pour 58% des sondés, il n'a pas assez bien expliqué la réforme, remarque Philippe Tapia. Les Français jugent donc sur ce qu'ils ont retenu de tout cela. Et ce qu'ils ont retenu n'est pas bon.» D'autant que l'affaire Woerth-Bettencourt a entaché la crédibilité du ministre: pour 50% des Français, il n'est plus l'homme de la situation.

Manifestations demain
Cette défiance généralisée explique le fort taux de soutien aux manifestations de demain: 73%. «Il est rare que l'on atteigne de tels chiffres, soutient Philippe Tapia. Et c'est un signal fort pour Nicolas Sarkozy. Il a parié sur l'été pour estomper la contestation. Il s'est lancé dans des gesticulations sécuritaires pour détourner le débat. Il a échoué.»
Mais les Français se font peu d'illusions. A 65%, ils jugent que les manifestations n'auront pas d'impact. Et près de la moitié (48%) pense que la gauche ne reviendra pas sur la réforme, si elle arrive au pouvoir en 2012. «La France est fataliste, estime Philippe Tapia. On a rarement vu des projets remis en cause. Ce qui est acquis, on ne revient pas dessus. Regardez les 35 heures! » Demain, les syndicats espèrent réunir plus de deux millions de manifestants.