Enseignants stagiaires: «Une élève a été retirée de ma classe parce que j'étais débutant»

TEMOIGNAGES Ils étaient près de 16.000 à prendre en main une classe ce jeudi matin, certains pour la première fois…

Catherine Fournier

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Les enseignants ont fait leur rentrée mercredi 1er septembre 2010.
Les enseignants ont fait leur rentrée mercredi 1er septembre 2010. — F. DURAND / SIPA

C’est l’une des «originalités» de cette rentrée: 7.165 enseignants dans le primaire et 8.300 professeurs dans le secondaire ont fait leur rentrée ce jeudi sans passer par la case formation de l’IUFM. Ils sont lauréats des concours 2010 et font partie de l’année de transition de la réforme de la masterisation. Tous ne sont pas dans le même cas de figure, en fonction de leurs expériences préalables et de leur académie. Témoignages.
 
Caroline*, professeur de français dans un collège de l’académie de Limoges, 34 ans: «J’enseigne depuis trois ans»
«J’ai passé mon concours en interne car j’enseigne depuis trois ans en tant que contractuelle après un DEA de lettres. Quand on est contractuel [enseignant non fonctionnaire], on est lancé comme ça, et on se débrouille tout seul. Or, enseigner, ça s’apprend. Pour savoir comment appliquer les programmes, comment tenir sa classe, comment sont les ados de maintenant… C’est toujours bien d’avoir une formation théorique. Malgré tout, chaque enseignant n’enseigne pas de la même façon, donc c’est bien d’être lancé dans le bain. L’idéal aurait été d’avoir une semaine de formation avant la rentrée, sous forme d’ateliers. Dans mon académie, on commence en français avec une seule classe jusqu’à la Toussaint. Le reste du temps, on est dans la classe d’un tuteur et les mercredis, on a une formation à l’IUFM sur la discipline et l’enseignement. Après la Toussaint, on passe à 18 heures de cours. Pour ma part, je vais en profiter avant car j’avais l’habitude d’avoir un temps complet. Pour les autres, ça fait court.»
 
Jules, professeur des écoles dans l’académie Nice-Toulon, 26 ans: «Il y a déjà une élève qui a été retirée de ma classe parce que j’étais débutant.»
«Je suis lauréat du concours 2010 après deux masters en droit en en management. Finalement, j’ai préparé le concours de l’IUFM et je vais avoir des CM1 toute l’année. L’absence de formation, c’est un moins, mais il ne faut pas exagérer. J’ai la chance d’avoir des profs supers autour de moi et une conseillère pédagogique va venir dans ma classe vendredi. Pour ce qui est du tutorat, je vais passer deux jours dans ma classe et deux autres jours dans une autre, à observer. Progressivement, l’observation diminue, passe à un jour puis à une fois toutes les deux semaines. Ce qui est dommage, c’est qu’on ne soit pas à 100% en observation au début, pour que quelqu’un d’expérimenté lance la classe. C’est plus rassurant pour les parents aussi. Il faut distribuer le matériel, fixer les règles de vie en classe, évaluer les élèves… Il y a déjà une élève qui a été retirée de ma classe parce que j’étais débutant.»
 
Stéphanie, professeur de musique dans un collège de l’académie de Reims, 26 ans: «Je n’ai pas encore de tuteur»
«Cette année, je vais avoir vingt heures de cours par semaine (donc deux heures supp, ndlr) car je suis la seule prof de musique de mon collège. Je serai donc tout de suite à temps complet, avec un tuteur jusqu’à la Toussaint. J’irai une fois dans sa classe, et il viendra une fois dans la mienne. C’est plus instructif d’être observé. Mais pour l’instant, je n’ai pas de tuteur. Or, on est censé le voir avant la rentrée… Heureusement, j’ai eu une journée de formation lundi avec l’inspecteur de ma matière, pour savoir comment lancer le premier cours: faire un plan de classe, donner les règles de vie... Ce qui va être difficile, c’est d’apprendre à préparer un cours. L’année dernière, j’ai seulement fait un stage d’observation de quinze jours. Le problème, c’est qu’on est dans une année de transition.»
 
* Tous les prénoms sont des prénoms d'emprunt