Comment le mot « beur » a fait pour garder tout son sel

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Le mot « beur » a fait son apparition dans le Robert il y a vingt-cinq ans.
Le mot « beur » a fait son apparition dans le Robert il y a vingt-cinq ans. — A. GELEBART / 20 MINUTES

Utilisé lors de la Marche des beurs en 1983, féminisé en beurette, célébré en 1998 avec les blacks-blancs-beurs, le mot « beur » fête ses trente ans d'existence, dont vingt-cinq dans Le Robert. Un quart de siècle après son officialisation dans la langue française, s'est-il démodé, ou a-t-il encore de beaux jours devant lui ? Issu du verlan « arabe »

(a-ra-beu donne beu-ra-a, puis beur par contraction), il fait son apparition dans les années 1970. Ce mot de reconnaissance est utilisé par les immigrés de seconde génération de la banlieue parisienne, qui ne se reconnaissaient pas dans le mot « arabe ».
Emblématique des décennies 1980 et 1990, indissociable des campagnes de SOS Racisme, il accompagne l'intégration des jeunes issus des minorités. Aujourd'hui, le concurrent le plus féroce du mot beur est son propre verlan, « reubeu », qui paraît l'avoir supplanté dans le cœur des jeunes. En apparence seulement, car pour le linguiste Alain Rey, c'est « un emploi de l'intérieur qui n'est pas durable ». Pour lui, loin d'être tombé en désuétude, le mot va perdurer. « Nous en avons besoin. Quel mot sinon pour regrouper cet ensemble regroupant des populations aussi différentes que les Maghrébins, les Arabes ou les musulmans ? » Signe de ce succès, l'avènement de la « beurgeoisie » incarnée par Jamel et consorts, qui trouvera peut-être elle aussi sa place dans le dictionnaire.Ingrid Gallou