L'archevêque de Toulouse n'a pas voulu faire de parallèle entre Juifs et Roms

POLEMIQUE Il a précisé ce lundi qu'il voulait seulement appeler les chrétiens à avoir une attitude d'accueil, de fraternité et de solidarité à l'égard des Roms...

B.D. avec AFP

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Mgr Robert Le Gall, archevêque de Toulouse (D)  s'entretient avec le Grand rabbin de France Gilles Bernheim (G), à la synagogue de Toulouse, lors d'une cérémonie en  hommage au cardinal Saliège, archevêque de Toulouse pendant la  seconde Guerre Mondiale,  le 14  janvier 2009.
Mgr Robert Le Gall, archevêque de Toulouse (D) s'entretient avec le Grand rabbin de France Gilles Bernheim (G), à la synagogue de Toulouse, lors d'une cérémonie en hommage au cardinal Saliège, archevêque de Toulouse pendant la seconde Guerre Mondiale, le 14 janvier 2009. — AFP PHOTO REMY GABALDA

Le sort des Juifs lors de la Seconde Guerre mondiale et des Roms aujourd'hui en France n’est «évidemment pas comparable». L'archevêque de Toulouse, Mgr Robert Le Gall, est revenu ce lundi sur les propos qu’il avait tenus vendredi, après les vives protestations que ses paroles avaient soulevées.

Un sort non comparable

«Contrairement aux propos véhiculés par certains médias et largement commentés par certains hommes politiques, je n’ai pas fait de parallèle entre LE SORT (en majuscules et souligné dans le texte, ndr) des Juifs durant la guerre et celui des Roms aujourd’hui, sort qui bien évidemment n’est pas comparable», affirme le prélat dans un communiqué.

Cette mise au point précise qu'en faisant référence à ce texte vendredi, le prélat a voulu inviter «les chrétiens et les hommes de bonne volonté à avoir la même attitude d'accueil, de respect et de fraternité envers les Roms» que celle que son prédécesseur Jules-Géraud Saliège avait demandée aux catholiques envers les Juifs dans une lettre de 1942 restée célèbre.

Lettre du 13 août 1942

Vendredi, l'archevêque de Toulouse avait lu la lettre du 13 août 1942 de l'un de ses prédécesseurs, Mgr Jules-Géraud Saliège, qui avait à l’époque été lue dans les églises de la région. Dans cette lettre, Mgr Saliège écrivait notamment: «Les Juifs sont des hommes, les Juives sont des femmes. Tout n'est pas permis contre eux, contre ces hommes, contre ces femmes, contre ces pères et mères de famille…».

Dès le lendemain de sa déclaration, Mgr Le Gall s'est attiré les foudres du député UMP du Tarn Bernard Carayon, qui avait jugé «inacceptable» ce parallèle. S'adressant à l'évêque de Toulouse dans une lettre ouverte, le parlementaire a écrit: «Vous assimilez le sort des Roms à celui des Juifs. C'est inacceptable. D'autant que, ce faisant, vous contribuez à une effroyable banalisation des martyrs de la Shoah.»

Dans la soirée l'écrivain Elie Wiesel, prix Nobel de la paix, jugeait également cette comparaison «inacceptable», tout en se disant solidaire des Roms. «Il faut être prudent avec le langage. Ces Roms, on les envoie en Roumanie, en Hongrie, pas à Auschwitz», avait affirmé le prix Nobel.

«Amalgames déplacés»

Lundi, le Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) s'est dit «consterné» par les «confusions et amalgames», soulignant que les différences entre les expulsions des Roms et les déportations de Juifs «sont d’une telle ampleur que la simple comparaison relève d’une grande ignorance ou d’une grande mauvaise foi».

Du côté du gouvernement, le porte-parole du gouvernement Luc Chatel s'était dit dès dimanche soir «extrêmement choqué», jugeant également «inacceptable» les écrits de Mgr Le Gall et parlant d'«amalgames déplacés». Lundi matin, le Premier ministre François Fillon a renchéri en qualifiant sur France Inter la comparaison de l'archevêque de Toulouse de «faute grave, faute au regard de l'histoire et faute au regard de la communauté juive elle-même».