Retour sur une affaire criminelle (5/5): Roland Cazaux, dit le Chat, violeur multirécidiviste

JUSTICE Il a été surnommé ainsi pour son étonnante agilité: il se glissait, en pleine nuit, dans le noir, chez ses victimes...

Bérénice Dubuc

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Roland Cazaux, dit «Le Chat», lors de son procès devant la cour d'assises de Gironde, au  palais de justice de Bordeaux, le 28 novembre 2005.
Roland Cazaux, dit «Le Chat», lors de son procès devant la cour d'assises de Gironde, au palais de justice de Bordeaux, le 28 novembre 2005. — AFP PHOTO PATRICK BERNARD

Tout l'été, 20minutes.fr vous propose de revivre une grande affaire criminelle qui a marqué l'histoire judiciaire de ces dernières années.

Entre 1987 et 2002, les femmes vivant dans les quartiers résidentiels d'Arcachon, de la Teste, en Gironde, et d'Hossegor, dans les Landes, ont été terrorisées par un Chat. L’affaire commence le 17 juillet 1987, à Arcachon. Une jeune femme, mère de famille, est agressée à son domicile en pleine nuit. L’homme lui attache les mains dans le dos et a tout du cambrioleur, jusqu’au moment où il la viole. Lorsqu’elle porte plainte le lendemain, elle est incapable de décrire son agresseur: il a agi dans l’obscurité la plus complète.

Enquête laborieuse

En mars 1988, le même scénario se produit chez une autre femme, qui habite à quelques rues de la première victime. Un nouveau viol est commis dans les mêmes conditions en novembre, puis trois ans plus tard, en 1991. La police ne fait pas le lien entre les agressions: elles sont trop espacées dans le temps.

C’est seulement en septembre 1994 que les policiers se rendent compte que les huit viols ont été commis par le même homme et avec la même technique: le violeur s’introduit de nuit chez sa victime, toujours une femme seule, coupe le compteur électrique, la réveille, lui attache les mains dans le dos avec une cordelette, et lui fait croire à un cambriolage, avant de la violer. Problème: les enquêteurs n’ont aucun suspect, et les victimes n’ont aucun point commun, si ce n’est qu’elles n’ont pas de mari ou que leur compagnon est absent lors de l’agression.

Les policiers se lancent alors dans une enquête aussi longue que minutieuse, reprenant une à une les dépositions des victimes, effectuant de nombreux prélèvements d’ADN dans l’entourage de ces dernières, compilant les dossiers des délinquants sexuels de la région. Mais cela ne donne rien. La police surnomme l'agresseur «le Chat» du fait de son étonnante agilité pour entrer dans les appartements de ses victimes, même situés en étage, et se mouvoir dans le noir, dans des lieux qui lui sont inconnus, sans jamais rien faire tomber.

«Cellule viol 40»

En parallèle, une affaire de viol datant d’octobre 1998 et commise à Hossegor attire l’attention d’un gendarme de la recherche de Dax. Celui-ci retrouve quatre autre tentatives de viol, commises entre 1995 et 1998, dans la région d’Hossegor, selon le même mode opératoire: des viols commis en pleine nuit, au domicile des victimes. Ses recherches amènent la PJ de Bordeaux à prendre contact avec le gendarme fin 1999. La comparaison entre les deux ADN est formelle: le même violeur sévit à Hossegor et à Arcachon.

Alors que le Chat continue de violer, en 2001, la «cellule viol 40», où la police, la PJ de Bordeaux, la gendarmerie et la section de recherche de Pau travaillent en collaboration, est enfin mise en place. Et, en janvier 2002, c’est par hasard que la cellule «viol 40» l’identifie. Un homme vient déposer plainte pour cambriolage dans sa résidence secondaire de Seignosse. Fait étrange, seul un portrait de sa sœur a disparu. L’homme précise que sa sœur serait traumatisée de l’apprendre, car elle a été violée en 1982.

M. Tout le Monde

En l’interrogeant, les enquêteurs découvrent qu’elle a été sexuellement agressée par un homme qui lui a attaché les mains dans le dos, mais qu’elle a réussi à convaincre de la laisser partir. L’agresseur a été arrêté et condamné pour agressions sexuelles en 1983 à Dax, mais le dossier n’a pas été référencé dans le système informatique de la police. En parallèle, les enquêteurs vérifient l’immatriculation d’une fourgonnette blanche, dont le numéro a été relevé par un voisin début juin 2001 à Hossegor, car l’homme au volant avait un comportement bizarre.

Les deux pistes mènent au même homme. Roland Cazaux, 43 ans à l’époque, est arrêté le 20 février 2002 à son domicile de Saint-Geours-de-Marenne, dans les Landes. Il incarne le parfait M. Tout le Monde, un mari et un père de famille paisible, gentil, attentionné. Chef de chantier, son emploi du temps l’amène à se déplacer à Arcachon, à la Teste et à Hossegor.

Excité par la «traque»

Lors de sa garde à vue, après que son ADN l’a incriminé, Roland Cazaux avoue 16 viols et 20 tentatives. Il explique également que ce n’est pas le viol qui l’excite, mais le fait d’entrer dans l’intimité de femmes sans qu’elles le sachent. C’est là que son comportement de chasseur s’exprime à plein: consciencieux, il repère ses victimes au hasard, puis les espionne longuement, pénétrant parfois chez elles pour repérer les lieux, puis, lorsque la «traque» ne lui suffit plus, il se rend à nouveau chez ses victimes lorsqu’elles sont seules, coupe l’électricité et les agresse.

Le procès du Chat s'ouvre le 28 novembre 2005 devant la cour d'assises de la Gironde. Ses victimes découvrent alors le visage de leur agresseur. La Cour d'assises de la Gironde le condamne le 16 décembre à 14 ans de réclusion criminelle avec une période de sûreté des deux tiers, à un suivi socio-judiciaire de 15 ans à partir de sa sortie de prison et à une obligation de soins. Il lui est en outre interdit d'entrer en relation avec ses victimes, et de séjourner pendant une durée de 10 ans en Gironde, dans les Landes, et dans les Pyrénées-Atlantiques. Roland Cazaux est libérable le 20 février 2012.