Un producteur de lait colle des stickers de protestations sur des fromages industriels, à St-Herblain, près de Nantes, le 3 août 2010.
Un producteur de lait colle des stickers de protestations sur des fromages industriels, à St-Herblain, près de Nantes, le 3 août 2010. — S. MAHE / REUTERS

AGRICULTURE

Tout comprendre sur la nouvelle crise du lait

Moins d'un an après la "grève du lait" de la rentrée 2009...

La bataille du lait n’est pas finie. Incapables de s’entendre sur un prix à la tonne, producteurs et industriels s’opposent une nouvelle fois, onze mois après la spectaculaire grève du lait de septembre 2009.

Mercredi, les producteurs ont lancé un ultimatum aux industriels: ils ont jusqu’au 12 août pour reprendre les négociations. En attendant, les exploitants poursuivent leur campagne de boycott, en collant des stickers «ultimatum» sur les produits laitiers des supermarchés. 20minutes.fr vous explique les raisons de cette nouvelle crise.

Pourquoi ça gronde aujourd’hui?

Parce que les producteurs veulent augmenter leur prix de vente. Et que les industriels (qui transforment le lait) refusent. Depuis un accord en juin 2009, le prix du lait est fixé chaque trimestre pour les trois mois à venir, par une négociation entre les deux parties. Celles-ci n’ont pas réussi à s’entendre sur le prix du lait pour le troisième trimestre.

Les exploitants, qui doivent être payés le 15 août pour leur production livrée en juillet, ne savent pas combien ils seront payés. Ils réclament un prix du lait à 330 euros la tonne. Il était de 295 euros au deuxième trimestre. Les industriels, eux, ne veulent pas dépasser 315 euros.

Trois grands groupes sont dans le collimateur des producteurs: Bel (Vache qui Rit), Bongrain (Caprice des Dieux), et Lactalis (Président). Selon les exploitants, ces industriels ne veulent revoir le prix d’achat que quand les cours baissent, et pas quand ils montent, comme c’est le cas actuellement. Ils ne respecteraient donc pas leur accord de juin 2009.

Le lait français est-il trop cher?

C’est ce que pensent les industriels, qui lorgnent sur les prix à l’étranger, et sur le lait allemand en particulier, 40 euros moins cher. Contrairement à la France, l’Allemagne, plus grande nation laitière de l’Europe, ne régule pas sa production. Elle joue l’exportation en produisant moins cher mais en se rattrapant sur la quantité vendue. La France, elle, est le deuxième pays européen au prix du lait le plus élevé. Les raisons sont nombreuses : quotas très stricts, coût du travail élevé, monoactivité de nombreux producteurs…

Les producteurs gagnent-ils assez d’argent ?

Les exploitants français ont vécu une année 2009 très difficile, avec une baisse de leurs revenus de plus de 50%. Tout part de la crise financière mondiale de 2008, et de ses conséquences l’année suivante: les exportations de lait se sont écroulées, mais la production a augmenté. Résultat: des prix en chute libre (210 euros en mai 2009). Comme la demande est repartie en 2010, les producteurs veulent en profiter.

L’Etat peut-il faire quelque chose?

Mercredi, le ministre de l’Agriculture Bruno Le Maire a affirmé son soutien aux producteurs. «Maintenant que les prix remontent, je souhaite que les producteurs soient correctement rémunérés», a-t-il insisté sur RTL. Le gouvernement pourrait encadrer les futures négociations, il l’avait fait en 2009. L’an dernier, il avait aussi débloqué un plan d’aide d’urgence aux agriculteurs en leur accordant prêts à taux réduits et allègements de charge.

Quelles conséquences pour le consommateur ?

Les prix des produits laitiers devraient rester stables. Entre juin 2009 et juin 2010, ils ont baissé de 1,8% en moyenne, selon l’Insee.