Comment la police scientifique a fait baisser le nombre d'homicides en France

JUSTICE Même s'il y a eu des évolutions des techniques d'investigation, il ne s'agit pas de révolution, selon les experts, mais d'une meilleure maîtrise de ces techniques...

Bérénice Dubuc, avec Maud Pierron

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La police scientifique examine la scène d'une fusillade mortelle, rue Ambroise Paré, dans le Xe arrondissement de Paris, le 20 novembre 2009.
La police scientifique examine la scène d'une fusillade mortelle, rue Ambroise Paré, dans le Xe arrondissement de Paris, le 20 novembre 2009. — Julien Ménielle / 20minutes.fr

En dix ans, le nombre d’homicides en France a chuté de 35,11%, selon une note de la direction centrale de la police judiciaire (DCPJ). Mieux encore, «le taux d'élucidation du crime vient de franchir la barre des 87%». Une chute vertigineuse qui peut s'expliquer par les progrès de la police technique et scientifique.

Evolutions techniques

Ainsi, les relevés d’empreintes papillaires (des doigts et des paumes) peuvent désormais se faire sur toutes les surfaces (bois, plastique, métal, …), et les scientifiques peuvent, grâce à l’odorologie, confondre un suspect, en récupérant les odeurs laissées par le criminel sur chaque objet qu’il a touché, explique à 20minutes.fr Guillaume Le Magnen, chef du service central d’identité judiciaire à Lyon.

«C’est plus ou moins compliqué, mais on arrive toujours à extraire quelque chose. Les techniques évoluent, s’affinent, nous permettent d’être plus efficaces», précise-t-il. Côté biologique aussi, «on a gagné en sensibilité. Là où il nous fallait auparavant 1.000 cellules pour obtenir un résultat, il ne nous en faut plus aujourd’hui que 50 ou 100», précise à 20minutes.fr Laurent Pene, chef de la division biologie de l’Institut national de la police scientifique (INPS) de Lyon.

Des évolutions, mais pas de révolution

Cependant, «il faut être très méfiant avec les chiffres» cités par la DCPJ, tempère Laurent Pene. «Le nombre global de faits commis et le taux d’élucidation sont deux choses bien différentes. La police scientifique peut peut-être influer sur le second, mais sûrement pas sur le premier.» En effet, «les criminels ne s’empêchent pas de commettre un crime parce qu’ils pensent qu’il y a de fortes chances qu’ils soient attrapés. On le voit bien avec le taux de criminalité des pays où la peine de mort est en vigueur: ce n’est pas dissuasif», note-t-il.

Car, s’il y a eu évolution ces dix dernières années, il n’y a pas eu de «révolution». «Les effets du travail de la police scientifique sont plutôt à rechercher du côté de la généralisation et d’une meilleure appropriation de ces techniques», explique-t-il. Ainsi, avant 2000, «les constatations sur les scènes de crimes étaient moins bien faites qu’aujourd’hui», note Laurent Pene.

Les criminels oublient toujours quelque chose

Depuis, il y a également une meilleure organisation de terrain, avec notamment l’existence d’un «coordinateur de police technique et scientifique» depuis 2005-2006, qui «coordonne les techniciens et les techniques de relevés sur les scènes de crimes, qui sont par définition complexes, et d’orienter vers les meilleures techniques de prélèvement» à mettre en oeuvre, explique Guillaume Le Magnen. Autre avancée: l’instauration du fichier national automatisé des empreintes génétiques (ADN), créé en 1998, et où sont aujourd’hui recensés quelque 1,5 million d’individus. Pas étonnant, donc, qu’on note une amélioration significative.

Et, même si «les criminels s’adaptent aux nouvelles technologies, même s’ils brûlent une voiture après un braquage ou nettoient la scène de crime avec un détergent, si l’on fouille bien, ils auront forcément oublié quelque chose que la police scientifique va trouver. Et on finira par les attraper», indique Laurent Pene.

Seul écueil: quand on ne retrouve pas le corps de la victime. «Dans ces cas-là, il nous est impossible de faire des constatations, on en peut pas savoir où, quand, et comment la personne a été tuée», précise Laurent Pene. Le crime parfait en somme.