Retour sur une affaire criminelle (3/5): Jamila Belkacem, la serial-empoisonneuse

JUSTICE Cette mère de famille machiavélique a tué son amant, puis manipulé sa fille de 16 ans pour qu’elle empoisonne son mari, et ainsi faire porter le chapeau du meurtre à ce dernier…

Bérénice Dubuc

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Croquis d'audience représentant Jamila Belkacem, lors de l'audience en appel pour l'empoisonnement de son mari devant les assises des mineurs de la Loire, en  novembre 2006.
Croquis d'audience représentant Jamila Belkacem, lors de l'audience en appel pour l'empoisonnement de son mari devant les assises des mineurs de la Loire, en novembre 2006. — France 3

Tout l'été, 20minutes.fr vous propose de revivre une grande affaire criminelle qui a marqué l'histoire judiciaire de ces dernières années.

Tout commence le 26 février 1999, par un appel téléphonique angoissé d’une certaine Myriam Maillard aux pompiers de Bourg-en-Bresse, dans l’Ain: son «ami» Jacques Brunet ne répond pas au téléphone, ce qui l’inquiète. Une angoisse justifiée: arrivé à l’appartement de ce dernier, les pompiers découvrent qu’un incendie s’est déclaré, et le corps du vétérinaire calciné. Un tragique accident, selon Myriam Maillard qui affirme aux policiers que Jacques Brunet avait l’habitude de prendre des somnifères et de s’endormir avec une bougie. La justice en reste là.

Cependant, un expert en assurances indique à la veuve de Jacques Brunet, qui vivait séparée de lui, qu’il a trouvé des traces d’hydrocarbures dans l’appartement et sur le matelas où a été découvert le corps. La veuve apprend également que les comptes de son mari ont été vidés, et demande à la justice un complément d’enquête. Le corps de Jacques Brunet est alors exhumé, et l’autopsie relève que le vétérinaire a été tué avant que l’incendie ne se déclare: il n’y a pas de suie dans la trachée, son corps a été aspergé de benzène et il a absorbé un grand nombre d’anxiolytiques et d’antidépresseurs, dont un, la doxépine, à dose toxique. Le parquet ouvre une information pour assassinat.

Transferts d’argent

Dans le viseur des enquêteurs: la fameuse Myriam Maillard. Ils découvrent que ce nom est emprunté, et qu’elle s’appelle en réalité Jamila Belkacem. Elle est née en 1960 au Maroc, et a débarqué en France en 1983. L’année suivante, elle se marie avec René Maillard, rencontré par petite annonce. Ils ont quatre enfants, avant de se séparer mais sans divorcer, en 1994. Monsieur aimait trop les hommes, selon Madame. Elle voulait toucher plus d’allocations, selon le mari.

En 1995, Jamila Belkacem rencontre Jacques Brunet, vétérinaire dans l’Ain, à nouveau par petite annonce. Elle lui cache son identité, et le fait qu’elle est mariée. Deux ans plus tard, elle ouvre un compte sous sa fausse identité et commence à y transférer l’argent de son amant, sans qu’il ne se rende compte de quoi que ce soit. La preuve: en septembre 1998, il s’installe chez elle, à Villefranche-sur-Saône, dans le Rhône. Jamila Belkacem réussit à faire croire à son mari que Brunet est un «bon ami»» atteint d’une tumeur au cerveau, et à son amant que son mari est en fait son demi-frère, et qu’il s’appelle Georges.

L’amant drogué aux antidépresseurs

Cependant, une fois installé chez elle, le vétérinaire devient apathique, perd la mémoire, dort beaucoup. L’enquête révèlera que sa maîtresse fabrique de fausses ordonnances pour acheter des antidépresseurs, qu’elle pile dans sa nourriture. Dans le même temps, ses comptes se vident à vue d’œil, alors que ceux de Jamila Belkacem se remplissent. Mais, début février 1999, Jacques Brunet décide de réaliser son rêve: s’acheter un beau bateau, et faire le tour du monde avec Jamila et les quatre enfants. Le 19 février, elle se rend avec lui à Bourg-en-Bresse. Plus personne ne reverra le vétérinaire vivant.

L’a-t-elle assassiné pour qu’il ne découvre pas que quelque 500.000 francs s’étaient évaporés de son compte bancaire? C’est ce que semblent penser les enquêteurs, qui ont découvert la trace des fausses ordonnances sur un ordinateur familial. Mais Jamila Belkacem nie. «Je suis innocente», s’époumone-t-elle. En avril 2002, elle est tout de même reconnue coupable, et écope de 20 ans de réclusion criminelle. C’est une «mythomane narcissique», décrite comme manipulatrice et très persuasive. «Il est impossible, dans le discours de cette femme, de distinguer le vrai du faux», indique un psychiatre. L’aide-soignante ne supporte pas que l’on puisse remettre en cause l'image qu'elle donne d'elle-même – souvent très imaginaire - et est capable de tuer pour la préserver.

Flan au chocolat aux antidépresseurs pour le mari

En février 2003, la cour d’assises du Rhône s’apprête à la juger en appel. Mais coup de théâtre: juste après avoir tiré les jurés au sort au sort, le président reçoit une lettre de René Maillard, le mari de Jamila Belkacem: «Je vous écris pour vous dire que je ne viendrai pas au procès en tant que témoin car je suis coupable. C’est moi qui ai assassiné Jacques Brunet, le 23 février 1999 dans la soirée. Cette date me hante. Je préfère me suicider libre que derrière les barreaux.» A l’arrivée des gendarmes, l’homme est dans le coma. Il en sort au bout de quelques jours, et là, second coup de théâtre: il dit n’avoir jamais écrit au président, et nie avoir jamais tenté de se suicider.

L’enquête démontrera que Jamila Belkacem a poussé sa fille aînée à empoisonner son père avec un flan au chocolat aux antidépresseurs et à poster de faux aveux, pour qu’elle soit acquittée. Après une interruption, le procès reprend et les jurés des assises portent sa condamnation pour le meurtre de l’amant à trente ans. Le procès de la tentative d’assassinat du mari s’ouvre en janvier 2006. Jamila Belkacem est condamnée à la réclusion criminelle à perpétuité, assortie d'une peine de sûreté de 22 ans. Sa fille, mineure lors de la tentative d'empoisonnement, est condamnée à une peine de prison de 5 ans, dont quatre ferme et à une obligation de soins. Leur complice, Sihame Maziz, 28 ans, est condamnée à 12 ans de prison. En novembre 2006, les trois femmes sont rejugées en appel. La cour confirme la condamnation infligée en première instance à Sihame Maziz et Jamila Belkacem, mais la fille de cette dernière voit sa peine réduite à trois ans de prison ferme.