Alfredo Stranieri sous escorte policière à Bez-de-Naussac le 21 juillet 1999.
Alfredo Stranieri sous escorte policière à Bez-de-Naussac le 21 juillet 1999. — CENTRE PRESSE/SIPA

JUSTICE

Retour sur une affaire criminelle (2/5): Alfredo Stranieri, «le coucou»

Le principe de ce tueur en série? S'installer chez ses victimes...

Tout l'été, 20minutes.fr vous propose de revivre une grande affaire criminelle qui a marqué l'histoire judiciaire de ces dernières années.
 
Tout a commencé par la vente d'une Jaguar. Son propriétaire, un commerçant de la région parisienne, met une petite annonce dans «la Centrale des particuliers». Un homme se porte acquéreur, sans négocier le prix: 390.000 francs à l'époque (60.000 euros). Rendez-vous est pris le 4 janvier 1999 dans une station-service de Pondorly (Val-de-Marne). L'acheteur - un certain Frédéric Adman - n'a pas le chèque sur lui. Il propose alors à Simon Cohen de se rendre à Viry-Châtillon, où il tient une discothèque, le New Love. Son banquier les y attend, avec l'argent, promet-il.
 
Arrivés sur place, il n'y a pas de banquier. En attendant, Frédéric Adman propose un petit tour du propriétaire. Les deux hommes descendent au sous-sol pour visiter la discothèque. Après une vague démonstration de DJ, Simon Cohen se retrouve braqué par un 22-long rifle. «Il m'a dit "bon allez" et a commencé à me tirer dessus», raconte-t-il lors du procès en 2003. Cinq balles dans le corps, dont une dans les poumons, il parvient à s'enfuir, à escalader le portail fermé à clef et à se réfugier chez des voisins qui appellent la police. L'auteur des coups de feu crie dans la rue «c'est un voleur», avant de s'enfuir en voiture. Simon Cohen vivra. Un miracle sans lequel le parcours criminel d'Alfredo Stranieri - de son vrai nom - aurait pu durer encore longtemps.

Disparition d'un couple

Ce fait divers va en effet mettre la puce à l'oreille à Claude Girard, dont la fille a disparu depuis la fin 1997. A l'époque, Nathalie fréquentait un certain Frédéric Adman, propriétaire du New Love. Elle avait téléphoné à ses parents pour leur dire qu'ils venaient de vendre les lieux au prix fort. Depuis, plus de nouvelles. Claude Girard retourne donc voir la police, qui l'avait éconduit une première fois en 1998. Même fin de non recevoir. Le lien avec l'affaire Simon Cohen n'est pas fait.
 
Il faudra attendre qu'Alfredo Stranieri, né Italien le 30 juillet 1956 puis naturalisé français en 1982, commette un nouveau crime pour que le lien entre les affaires soient fait et qu'émerge petit à petit le profil du tueur aux petites annonces.
 
En mars 1999, dans l’Aveyron, il repère dans le journal la vente d'une auberge à Bez-de-Naussac, «La Bouriate». Sous le nom de Mario Stranieri - son frère -, il se porte acquéreur pour 4 millions de francs (plus de 609.000 euros), toujours sans négocier. Les propriétaires, Nicole Rousseau et son ami Claude Mouly, signent l'acte de vente début avril. Puis disparaissent dans la nature. C'est grâce à la persévérance de leurs enfants respectifs, très inquiets, que les policiers vont de nouveau mettre leur nez en juillet dans les affaires de Stranieri, qui s'est installé depuis dans l'auberge, l'air de rien. Ils s'aperçoivent que le «coucou» est recherché pour avoir tiré sur Simon Cohen à Viry-Châtillon. L'homme est placé en garde à vue.

Une bâche bleue

Entre temps, Claude Girard reçoit un appel d'un journaliste du Parisien, qui l'informe qu'Alfredo Stranieri vient d'être arrêté dans l'Aveyron où un couple a disparu après lui avoir vendu une auberge. Le père de Nathalie comprend alors que sa fille et son ami ont sûrement été assassinés et se souvient d'avoir vu une bâche bleue dans le jardin du New Love. Il alerte la police, qui découvre les deux corps à l'endroit indiqué. En Aveyron, l'enquête s'accélère et les deux corps de Nicole Rousseau et son ami Claude Mouly sont également retrouvés enterrés dans le jardin de la Bouriate.
 
Au procès, qui s'ouvre en février 2003 devant les assises de l'Essonne, Alfredo Stranieri va tenter de s'en sortir en apportant des explications fantaisistes incohérentes. En vain. Confondu par la carabine 22 long rifle, qui a également servi à tuer Nathalie Girard et Frédéric Adman, il est condamné le 28 février 2003 à la réclusion criminelle à perpétuité assortie d'une peine de sûreté de 22 ans. En mars 2004, cette condamnation est confirmée par la cour d'appel de Créteil et son pourvoi en Cassation est rejeté début 2005.