Qui sont les Roms et les gens du voyage?

DECRYPTAGE Après les annonces de Nicolas Sarkozy, les associations crient à l'amalgame...

Oriane Raffin

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Le campement de Roms du Hanul, en Seine-Saint-Denis.
Le campement de Roms du Hanul, en Seine-Saint-Denis. — SIMON ISABELLE/SIPA

Quelques jours après des violences dans la vallée du Cher qui ont succédé à la mort d'un jeune homme de la communauté du voyage, tué par un gendarme, le chef de l'Etat a annoncé une réunion à l'Elysée le 28 juillet sur les «problèmes que posent les comportements de certains parmi les gens du voyage et les Roms». Nicolas Sarkozy a alors précisé que la réunion «fera le point de la situation de tous les départements et décidera les expulsions de tous les campements en situation irrégulière».

Une annonce qui a provoqué l’ire de nombreuses associations. Décryptage.

Qui sont les «gens du voyage»?
Ce terme désigne en réalité un statut qui a été créé par l’administration française en 1969 pour les personnes qui n’ont pas de domicile ou de résidence fixe et habitent dans des caravanes ou des mobile-home. «Dans la loi française, cette notion ne comporte aucune connotation ethnique ou communautariste», précise la Fnasat-Gens du voyage. Par ailleurs, les associations tiennent à rappeler que les «gens du voyage» sont dans leur très grande majorité Français depuis plusieurs générations.

Combien y a-t-il de gens du voyage en France?
«On estime qu’il y a entre 400.000 et 600.000 personnes en France aujourd’hui appartenant aux populations gitanes, manouches, etc. Mais attention, ils ne sont pas tous des gens du voyage au sens administratif du terme», explique Christophe Robert, délégué général adjoint de la Fondation Abbé Pierre et auteur du livre Eternels étrangers de l’intérieur. Selon certaines estimations, un tiers d’entre eux seraient effectivement sur les routes. Les autres sont sédentaires.

Que font-ils sur les routes?
«En fait, ils voyagent par culture mais aussi pour des activités économiques, explique Christophe Robert. Ce sont des familles installées sur un territoire, mais qui, à certaines périodes de l’année, voyagent, par exemple pour aller faire des vendanges ou se regrouper en famille.»

Quelles obligations administratives remplissent-ils?
Dès 16 ans, les gens du voyage doivent être rattachés administrativement à une commune et disposer d’un titre de circulation. Celui-ci doit être visé régulièrement par la police ou la gendarmerie.

Par ailleurs, une loi de 1990 impose aux communes de plus de 5.000 habitants de mettre à disposition des gens du voyage un terrain pouvant les accueillir. Selon les associations, cette obligation est rarement suivie.

Et qui sont les Roms?
«Il y a une confusion entre les gens du voyage et les Roms migrants», souligne Christophe Robert. «Les deux posent beaucoup de questions, mais de natures différentes», souligne-t-il. «Les Roms migrants, ce sont des populations de Roumanie ou de Bulgarie, donc des citoyens européens, qui vivent dans des conditions très difficiles. Ils ont fui leur pays, la précarité, la violence, pour chercher une possibilité de survie.»

Les Roms sont-ils des gens du voyage?
Pas vraiment. «Ils sont essentiellement sédentaires dans leur pays d'origine et se retrouvent en France dans un habitat précaire, souvent des mobile-home, faute de moyens», reprend Christophe Robert. Ils sont entre 15 et 20.000 aujourd’hui, en France. D’où la grogne des associations, quand Nicolas Sarkozy fait un amalgame entre Roms migrants et gens du voyage. «On stigmatise des populations très différentes», déplore Christophe Robert.

«Le président de la République a choisi la stigmatisation raciste des populations Roms et Gens du voyage par des amalgames inacceptables, en annonçant l'expulsion, ciblée ethniquement, de tous les campements en situation irrégulière», dénonce la Ligue des Droits de l'homme.

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