Rapport d'expertise sur Johnny Hallyday: paroles contre paroles

POLEMIQUE Sur la base d'un même rapport, les avis divergent...

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Stéphane Delajoux, « le médecin des stars », a été accusé d'avoir mal opéré Johnny.
Stéphane Delajoux, « le médecin des stars », a été accusé d'avoir mal opéré Johnny. — M. FEDOUACH / AFP

Pour le JDD, le pré-rapport de 64 pages des experts médicaux «accable» le professeur Stéphane Delajoux, qui l’avait opéré d’une hernie discale à la fin novembre 2009. Pour le médecin, au contraire, ce document le «blanchit». 20minutes.fr a appelé un neurochirurgien pour tirer au clair cette histoire. Il se base sur la foi des éléments parus dans la presse.

La brèche dans la dure-mère (les méninges), entraînant l’écoulement du liquide céphalo-rachidien
Ce que dit le rapport: Ce «n’est pas une faute en soi».
Ce que dit Stéphane Delajoux: «La fameuse ouverture de cette dure-mère» est «un événement extrêmement fréquent rappellent les experts», et «n’est pas considéré comme un accident médical», s’est justifié le neurochirurgien sur France Info, ce lundi matin, ajoutant que cela arrivait dans «17 à 20%» des cas.
Ce que dit notre expert: «C’est un incident qui représente 2 à 3% des cas. Ce n’est pas grave à partir du moment où c’est diagnostiqué et traité», note le neurochirurgien. «Le problème, c’est qu’il ne l’a pas noté dans le compte-rendu opératoire, comme le souligne le rapport. Pourtant, il utilise un produit anti-coagulant pendant l’intervention pour colmater la brèche», ajoute notre expert, sur la foi des constatations des experts. 

Stéphane Delajoux n’a pas assez informé  son patient avant l’opération
Ce que dit le rapport: «L’information délivrée à M. Smet avant l’intervention litigieuse n’a pas été suffisante, tant en ce qui concerne le risque de brèche durale important, qu’en ce qui concerne les conséquences en termes d’incapacité temporaire de travail.»
Ce que dit Stéphane Delajoux: Johnny «était informé, il a signé tous les documents de consentement éclairés, où il dit qu’il était conscient des risques de l’intervention», déclare le chirurgien, affirmant détenir des preuves.   
Ce que dit notre expert: «Il l’a peut-être fait mais comment? Si c’est juste la signature d’un document de plusieurs pages, pour moi, ce n’est pas suffisant. C’est comme la Convention de Varsovie, personne ne lit. On peut par exemple dicter les risques en présence du patient». 
 
Stéphane Delajoux n’a pas assez informé son patient après l’opération
Ce que dit le rapport: «Le Dr Delajoux n’a pas informé que, lors de son intervention, il avait causé une brèche dans  "la dure-mère" du chanteur, les méninges, provoquant des pertes de liquide céphalo-rachidien (LCR)».
Ce que dit Stéphane Delajoux: Il n’a pas informé Johnny directement, car c’est un «patient atypique» qui «a décidé de quitter la clinique sans même [le] voir», explique-t-il dans Le Parisien. En revanche, «son entourage médical» était «parfaitement informé».
Ce que dit notre expert: «Que Johnny soit parti ainsi, c’est de l’ordre du possible. Il peut faire partie des malades difficiles à soigner. Mais le docteur Delajoux l’a revu quelques jours après pour traiter son épanchement, il aurait pu l’informer à ce moment-là.»

Et le soin des épanchements de LCR?
Ce que dit le rapport: C’est Stéphane Delajoux qui nous l’apprend sur France Info: «Je l’ai fait revenir à la clinique et fait ce qu’il fallait faire. L’expert nous indique que la gestion de cette complication a été faite dans les règles de l’art, c’est écrit noir sur blanc.» Le chirurgien lui a posé trois points de suture, constatant que l’épanchement continuait.
Ce que dit notre expert: «Trois points de sutures à la volée, ce n’est pas ce qu’il fallait faire. La dure-mère, c’est un épanchement de liquide qui ne coagule pas. Il faut une suture interne, minutieuse», explique-t-il. D’après lui, il aurait peut-être fallu faire une IRM supplémentaire lors de cette visite.  

Stéphane Delajoux n’a pas prescrit de repos au patient  
Ce que dit le rapport: «En cas de brèche dure-mérienne, il est recommandé de garder le patient au repos strict pendant quarante-huit heures pour favoriser la cicatrisation». Il aurait même dû «conseiller à son patient d’annuler son départ en Californie».
Ce que dit Stéphane Delajoux: «Il n’est pas resté 48h, mais je ne lui ai pas demandé de ne pas rester 48h», déclare sibyllin le professeur Delajoux, se retranchant derrière le «secret médical». Sur le fond, de toute manière, il n’est pas d’accord avec les conclusions. «C’est un point contestable de ce rapport et nous allons le contester», attaque le professeur Delajoux.  Ce que dit notre expert: «Il aurait dû trouver les mots et le temps de lui expliquer les risques. Prendre l’avion, en position assise, qui augmente la pression du LCR, c’est déconseillé. Il n’a pas suffisamment su inquiéter le patient et son entourage pour qu’il ne fasse pas n’importe quoi.»  

Quelle est l'origine de la grave infection qui l’a conduit, au final, dans un coma artificiel?
Ce que dit le rapport: L’infection est «peut-être liée aux épanchements», rapporte le docteur Delajoux.
Ce que dit Stéphane Delajoux: L’infection «est sans aucun doute liée au fait que les défenses immunitaires de Johnny étaient affaiblies» . Mais «une chose est sûre: elle n’a pas été contractée durant l’opération et n’est pas non plus liée aux soins que je lui ai prodigués ensuite».
Ce que dit notre expert: «L’épanchement mal cicatrisé s’est infecté. Il suffit qu’il y ait un vague microbe. Le chirurgien américain a soigné Johnny en réopérant la suture».

Quelles conclusions?
Que dit Stéphane Delajoux: «Le rapport est extrêmement clair: fallait-il l’opérer?  La réponse est oui. Est ce qu’il a été bien opéré? La réponse est oui? Est ce qu’il est guéri?  La réponse est oui. Est-ce que l’ouverture de la dure-mère est une faute?  Non, dit l’expert, c‘est considéré comme un accident banal», résume le neurochirurgien.
Que dit notre expert?: En résumé, il pointe trois erreurs: le fait de ne pas avoir noté la brèche dans la dure-mère dans le rapport opératoire, la suture en elle-même: «ce n'est pas ainsi qu'il fallait faire» et le fait de ne pas avoir imposé «un strict repos alité». Un constat qui fait échos aux propos de Jean-Yves Camus, dans le Parisien:  «Les expertises disent que l’opération a été faite dans les règles de l’art. Ce qu’il s’est passé avant et après, c’est autre chose».