Une communication qui laisse sur sa faim

SOCIETE Les comportements des Français en matière de nourriture ont été passés au crible par l'Inra...

Mickaël Bosredon

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«Les campagnes d'information qui s'adressent à l'ensemble de la population atteignent surtout les catégories déjà sensibilisées», selon l'Inra.
«Les campagnes d'information qui s'adressent à l'ensemble de la population atteignent surtout les catégories déjà sensibilisées», selon l'Inra. — GINIES/SIPA

Des campagnes d'information qui ne portent pas leurs fruits? Entre 1999 et 2009, l’obésité en France est passée de 8,5% de la population à 14,5%, malgré une communication sans précédent. Le ministère de l’Alimentation et de l’Agriculture a voulu en savoir plus sur la pertinence de ses actions publiques, et commandé une enquête à l’Institut national de la recherche agronomique (Inra).

«Pas encore adapté à a consommation de boissons sucrées»

L’Inra a mobilisé durant un an une vingtaine d’experts pour éplucher mille six cents articles et études scientifiques sur les comportements alimentaires. Ses conclusions, présentées ce vendredi, indiquent que «les campagnes d’information qui s’adressent à l’ensemble de la population atteignent surtout les catégories déjà sensibilisées au lien entre alimentation et santé. Ces messages pourraient à court terme accroître les disparités dans les comportements.»

Pour l’Inra, «l’information nutritionnelle est plus efficace lorsqu’elle est intégrée dans une démarche ciblant un groupe homogène. L’investissement de la famille, des acteurs locaux, des relais sociaux dans ces initiatives est un facteur de leur succès.» Patrick Etiévant, coordinateur de cette expertise, a identifié différents facteurs sur lesquels il faudra agir. «Par exemple, les distractions durant les repas [télévision, bruit, stress, etc.] augmentent la quantité ingérée.»

Il s’avère également que «l’homme n’est pas encore adapté à la consommation de boissons sucrées type soda, car ces produits contournent les mécanismes de régulation physiologique.» Autre facteur déséquilibrant: l’accessibilité de la nourriture. Patrick Etiévant relève qu’«une étude américaine a établi une corrélation entre la présence d’un fast-food à proximité d’une école, et l’obésité des enfants qui la fréquentent».

A l’inverse, la présence de corbeilles de fruits à la place de distributeurs de snacks dans les écoles «s’est révélée efficace». L’enfant est la clé de la réussite des futures actions publiques: «L’apprentissage du goût se fait dès le plus jeune âge», rappelle Patrick Etiévant. Les enquêtes sont sur ce point encourageantes, puisque l’obésité infantile s’est stabilisée entre 1999 et 2007.