Le procès Bettencourt/Banier renvoyé sine die, le parquet fait appel

JUSTICE Sans surprise, le tribunal a ordonné une nouvelle enquête sur les fameux enregistrements...

Catherine Fournier

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Le photographe et écrivain François-Marie Banier arrive au tribunal de Nanterre le 1er juillet 2010.
Le photographe et écrivain François-Marie Banier arrive au tribunal de Nanterre le 1er juillet 2010. — AFP PHOTO / MIGUEL MEDINA

Le procès tant attendu Bettencourt versus Banier n'aura pas lieu, enfin pas cette fois-ci. Sans surprise, il a été renvoyé sine die ce jeudi par la présidente du tribunal correctionnel de Nanterre. Isabelle Prévost-Desprez a accédé à une demande formulée par tous les avocats, évoquant un procès «nauséabond». En cause: la remise à la police puis la diffusion dans les médias mi-juin d'enregistrements clandestins réalisés au domicile de Liliane Bettencourt entre mai 2009 et mai 2010.

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Au vu des révélations qu'ils contiennent, la magistrate a «ordonné un supplément d'information» qu'elle exécutera elle-même. Le parquet a fait appel de cette décision. En 2009, déjà, Isabelle Prévost-Desprez avait permis la tenue d'un procès, faisant fi de la décision du procureur Philippe Courroye de classer sans suite la plainte de Françoise Meyers-Bettencourt pour «abus de faiblesse» contre François-Marie Banier.

«Revers du gauche»

Une décision accueillie avec satisfaction par Olivier Metzner, l'avocat de la plaignante, ainsi que par Hervé Temime, le conseil du photographe, à l'origine de la demande de renvoi. «Ce complément d'information devrait faire la lumière sur les faits, mais aussi sur les méthodes utilisées par la partie civile», a-t-il réagi, accusant Metzner et sa cliente d'être à l'origine des écoutes pirates.
 
Seul Georges Kiejman, qui défend Liliane Bettencourt, s'est montré déçu par cet épilogue. «Il ne faut rien attendre du supplément d'information», a-t-il estimé.
 
Toute la matinée, les avocats se sont écharpés sur ce dossier brûlant. Fait rarissime, deux représentants des Barreaux de Nanterre et Paris s'étaient déplacés pour veiller à la sérénité des débats. «Qu'il ne me cherche pas à titre personnel car mon revers du gauche est connu», a notamment lancé dans une ambiance surréaliste un Georges Kiejman rouge de colère à son confère Olivier Metzner. Particulièrement virulent, l'avocat de la milliardaire s'en est également pris à Françoise Meyers-Bettencourt, présentée comme «une vieille petite fille de 57 ans qui dit "ma maman ne m'a pas assez aimée"» mais qui ne se gêne pas pour la «vendre à la police».

Un chèque de un euro déchiré

Dans ces conditions, «madame Bettencourt considère qu'elle n'est plus en possibilité d'espérer un procès équitable», a rapporté Georges Kiejman, remettant au passage un chèque de un euro - le montant des dommages et intérêts demandé par la partie civile - à Olivier Metzner, à deux sièges de lui. Le chèque a aussitôt été déchiré, sous les clameurs de la salle.
 
Au ton beaucoup plus calme et posé, la procureure Marie-Christine Daubigney a quant à elle soulevé une question: «Pourquoi sonoriser la pièce où madame Bettencourt gère ses affaires, une pièce où Banier ne met jamais les pieds. Pourquoi pas dans le salon, où elle reçoit ses amis. Sur 21 heures d'enregistrements, Banier n'apparaît qu'une seule fois.» En somme, les principales révélations contenues dans ces fameux enregistrements, même s'ils mettent en lumière une certaine vulnérabilité de la vieille dame, concernent peu, selon elle, la procédure pour «abus de faiblesse». Mais provoquent une pagaille certaine dans le milieu politique.