Procès Banier/Bettencourt: les avocats à couteaux tirés

JUSTICE Le tribunal de Nanterre rendra sa décision à 16h sur un éventuel renvoi...

Catherine Fournier

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Olivier  Metzner, l'avocat de Françoise Bettencourt-Meyers, la fille de Liliane Bettencourt.
Olivier  Metzner, l'avocat de Françoise Bettencourt-Meyers, la fille de Liliane Bettencourt. — E. Cancet/Sipa

«Qu'il ne me cherche pas à titre personnel car mon revers du gauche est connu.» Cette phrase, prononcée par Georges Kiejman à l'attention de son confère Olivier Metzner résume bien l'ambiance des débats ce jeudi matin dans la 15e chambre du tribunal correctionnel de Nanterre. Au coeur des discussions, la nécessité ou non de renvoyer le procès de François Marie-Banier, poursuivi pour «abus de faiblesse» sur la milliardaire Liliane Bettencourt. En cause, la remise à la police puis la diffusion dans la presse d'enregistrements clandestins réalisés au domicile de l'octogénaire entre mai 2009 et mai 2010.

Hervé Témime, avocat du photographe et Georges Kiejman, le conseil de l'héritière de L'Oréal, ont dénoncé de concert la méthode par laquelle ces enregistrements ont été obtenus, rendant ce procès «nauséabond». Pis, «il n'y a plus de procès possible», a lancé Hervé Témime à la présidente du tribunal Isabelle Prévost-Desprez. Celle-là même qui n'avait pas tenu compte de la décision du parquet de Nanterre de classer sans suite la plainte de Françoise Meyers-Bettencourt (la fille de Liliane) contre François-Marie Banier.

Un chèque de 1 euro, aussitôt déchiré

La juge, au ton ironique le plus souvent, a été plusieurs fois prise à partie par George Kiejman, en grande forme pour cette ouverture procès. A grands renforts de citation de son livre, «Une juge à abattre», ce dernier a fait appel à son sens de la justice, clouant au pilori Olivier Metzner et la façon dont les preuves «scélérates» ont été obtenues et surtout publiées dans la presse. Selon l'avocat, Le Point n'est autre que le «porte-parole» d'Olivier Metzner.

Françoise Meyers-Bettencourt en a également pris pour sa grade, pas de la façon la plus élégante. Présentée par Kiejman comme «une vieille petite fille de 57 ans qui dit "ma maman ne m'a pas assez aimée"» et dont selon l'avocat le physique laisse à désirer, l'unique fille de la milliardaire est accusée d'être l'instigatrice de ces enregistrements et a «vendu sa mère à la police». Dans ces conditions, «madame Bettencourt considère qu'elle n'est plus en possibilité d'espérer un procès équitable», rapporte Georges Kiejman, remettant au passage un chèque de un euro - le montant des dommages-intérêts demandé par la partie civile - à Olivier Metzner, à deux sièges de lui. Le chèque est aussitôt déchiré, sous les clameurs de la salle.

«Pourquoi sonoriser la pièce où madame Bettencourt gère ses affaires?»

Fait rarissime, souligne l'AFP, deux représentants des Barreaux de Nanterre et Paris s'étaient déplacés, afin d'intervenir au plus vite au cas où les avocats, déjà très virulents ces derniers jours dans les médias, en venaient à «s'écharper», selon les termes d'un des conseils.

Au ton beaucoup plus calme et posé, la procureure Marie-Christine Daubigney a soutenu la demande de renvoi finalement formulée par toutes les parties. Martelant qu'elle ne soutenait pas l'accusation et que contrairement à ce qui est sous-entendu dans les enregistrements, le parquet n'avait jamais reçu d'instructions pour classer l'affaire, elle a cherché à démontrer que le contenu des enregistrements concernait très peu la procédure en cours. «Pourquoi sonoriser la pièce où madame Bettencourt gère ses affaires, une pièce où Banier ne met jamais les pieds. Pourquoi pas dans le salon, où elle reçoit ses amis. Sur 21 heures d'enregistrements, Banier n'apparaît qu'une seule fois», a-t-elle souligné, attirant sur le fait que les principales révélations dans la presse concernaient le pouvoir politique. Elle a ainsi estimé préférable d'attendre les résultats de l'enquête en cours sur ces enregistrements pirates. Réponse du tribunal à 16h.