Suicide et Internet: si le lien existe, il peut être positif

SANTE Le Web a été montré du doigt alors que plusieurs ados ont tenté de se suicider après avoir communiqué sur les réseaux sociaux...

Corentin Chauvel

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Dans un bureau qui sent encore la peinture fraîche, les cyberdouaniers repèrent depuis leurs écrans d'ordinateurs les trafics de contrefaçons, de drogue et de tabac qui prolifèrent sur internet pour tenter d'y mettre fin au terme de longues enquêtes.
Dans un bureau qui sent encore la peinture fraîche, les cyberdouaniers repèrent depuis leurs écrans d'ordinateurs les trafics de contrefaçons, de drogue et de tabac qui prolifèrent sur internet pour tenter d'y mettre fin au terme de longues enquêtes. — Nigel Treblin AFP/DDP/Archives

Internet incite-t-il au suicide? Les quatre tentatives, dont une réussie, de quatre adolescents cette semaine à Coursan (Aude), ont attiré l'attention sur le rôle de la Toile dans le passage à l'acte. Deux d’entre eux l’avaient en effet annoncé sur les réseaux sociaux. Régulièrement, des affaires de «suicides en ligne» son rapportées dans les médias: pacte collectif morbide, mise en scène orchestrée sur un blog, suicide filmée en direct avec une webcam…

Depuis qu’Internet existe, il a donné de nombreuses idées aux personnes suicidaires. La première étude sur Internet et le suicide, publiée en avril 2008 dans le British Medical Journal, a confirmé que le Web pouvait clairement contribuer à un comportement suicidaire, grâce à la présence de nombreux sites encourageant au suicide ou donnant des méthodes pour passer à l’acte.

«La contagion du suicide est réelle chez les adolescents»

D’une manière générale, et c'est peut-être le cas dans l’affaire de Coursan, «le mimétisme est une caractéristique de l’adolescence», expliquait à 20minutes.fr Jean-Philippe Raynaud, professeur de psychiatrie de l’adolescence et de l’enfance, après une vague de suicides chez des jeunes d’Ajaccio en mai 2007. «La contagion du suicide est réelle chez les adolescents», ajoutait-il. Et Internet est devenu «la première source d’information des jeunes qui pensent au suicide», renchérit l’association suisse «Stop Suicide», contactée par 20minutes.fr.

Pourtant, pour le psychologue Michael Stora, «les adolescents n’ont pas du tout changé depuis la création des espaces virtuels»: «Toutes ces nouvelles technologies ne font que révéler des problématiques qui ont toujours existé. Si le malaise des ados s’accroît, cela n’a rien à voir avec les nouvelles technologies.» L’étude britannique de 2008 démontrait d'ailleurs, chiffres à l'appui, que le taux de suicide chez les jeunes avait même décliné depuis le milieu des années 1990 alors même qu’Internet ne cesse de se développer.

«Le Web est très souvent un exutoire salutaire»

Sur son blog, le journaliste Bruno Fay, qui a longuement étudié la question, estime que «le rôle d’Internet sur le passage à l’acte est bien plus complexe qu’on ne veut le présenter». «Bien sûr, il est possible de trouver sur la Toile des forums où les candidats au suicide s’échangent des conseils et les bons tuyaux pour mourir le plus sûrement. Bien sûr, tout cela est vrai. Mais c’est oublier le rôle positif d’Internet en la matière», assure-t-il.

«Le Web est également très souvent un exutoire salutaire, un espace de rencontre unique pour trouver une écoute, où l’on se tend la main, où l’on s’écoute, où l’on partage des souffrances, ses craintes, ses doutes», indique encore Bruno Fay. «Il est éminemment plus simple d’échanger de manière anonyme sur un forum que de se confier à une assistante sociale ou même de décrocher le téléphone pour appeler un service d’aide. Sans Internet, beaucoup (de suicidaires) n’auraient probablement jamais parlé avec personne.»