Procès Kerviel: Metzner plaide la relaxe

JUSTICE Pour le ténor du barreau, la Société générale est la seule coupable...

Gilles Wallon

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L'ex-trader de la Société Générale Jérôme Kerviel et son avocat Maître Olivier Metzner à la sortie du tribunal de Paris le 25 juin 2010.
L'ex-trader de la Société Générale Jérôme Kerviel et son avocat Maître Olivier Metzner à la sortie du tribunal de Paris le 25 juin 2010. — AFP PHOTO / JACQUES DEMARTHON

 Des éclats de rires dans la salle d’audience: c’est Olivier Metzner qui plaisante. «Je ne fais pas le procès de la Société générale», assure le célèbre avocat, sourire en coin. Lui et son jeune associé Nicolas Huc-Morel n’ont pourtant fait que cela, pendant plus de trois heures, au 13e et dernier jour d’audience du procès de Jérôme Kerviel, dont ils assurent la défense.

Leur message, ils l’ont martelé, asséné, inlassablement répété. Parce que le trader lui rapportait gros, la banque fermait les yeux sur ses dépassements gigantesques. A l’heure de la chute (4,9 milliards d’euros de pertes en janvier 2008), elle l’a abandonné. Ce qu’Olivier Metzner résume en quelques mots, les derniers de sa plaidoirie, chipés à l’économiste américain John Galbraith: «Quand tout le monde gagne, personne ne le voit. Quand tout le monde perd, il faut un coupable, un seul.»

«La créature de la Société générale»

Il y avait foule ce vendredi matin au tribunal de grande instance, pour la dernière manche de ce procès d’exception. Qu’allait faire Metzner, orateur redouté, toujours théâtral, prompt au clin d’œil comme à l’emportement? Qu’allait-il rétorquer au ministère public, qui avait requis la veille la peine de prison quasi-maximale, 5 ans dont 4 fermes?

La réplique fut une attaque en règle contre la banque qui a «formé, formaté, déformé» son jeune trader. «Jérôme Kerviel n'est que la créature de la Société générale», tonne l’avocat, la voix usée par les cigares. «Formé à désobéir, à ne pas respecter les limites.»

L’avocat revient sur les «centaines de milliards» engagés par son client. «Le budget de la France, passé au téléphone», dans un bureau «de 17 personnes». «Quand Jérôme Kerviel passe des ordres de 18 milliards au téléphone, comment ne pas l'entendre, comment ne pas être surpris par ce chiffre ?» Il s'agit de «bon sens». «Je vous demanderai d'avoir du bon sens!», tonne Olivier Metzner. 

Les zones d’ombres du prévenu, elles, sont savamment laissées de côtés. «Qui êtes-vous, Monsieur Kerviel?», avait demandé le président du tribunal à l’ouverture du procès. L’avocat ne répond pas. Il préfère retourner la question. «Qui êtes vous, Société générale? Comment fabriquez-vous des hommes comme cela?»

Metzner et Huc-Morel ont plaidé la relaxe. Le jugement a été mis en délibéré au 5 octobre.