Reforme des retraites: la presse française salue le succès de la mobilisation du 24 juin

REVUE DE PRESSE Et elle raille Nicolas Sarkozy qui recevait Thierry Henry au même moment...

C.C. avec AFP

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R. GABALDA / AFP

Avec deux millions de personnes dans la rue, nombreux sont les éditorialistes qui, comme Jean Levallois de La presse de la Manche, considèrent ce vendredi que «la mobilisation contre la réforme des retraites a été particulièrement forte» ou, comme Yann Marec du Midi Libre, que cette manifestation nationale «fut un succès».

Si Nicolas Sarkozy «reste inerte face à la démonstration de force de jeudi, ce qui planera sur un pays en proie aux soupçons exacerbés de favoritisme, ce sera quelque chose comme un sentiment de vaste pénibilité générale», met ainsi en garde Didier Pobel du Dauphiné Libéré. Sur la même longueur d’onde, Hervé Favre, de la Voix du Nord, estime que «le troisième tour social aura cependant lieu en septembre lorsque le texte viendra devant l'Assemblée».

Une mobilisation qui dépasse le strict cadre des retraites

Mais la colère des manifestants allait sans doute au-delà du simple thème des retraites. «Il est sûrement entré dans les manifestations d'hier une part d'irritation et de mécontentement dépassant le strict cadre de la réforme des retraites», avertit Jacques Camus dans La République du Centre. «Si le courage réformateur se mesure à l'ampleur des oppositions qu'il suscite, Nicolas Sarkozy a sans doute décroché, hier, un vrai certificat de bravoure», raille encore Paul Burel dans Ouest-France.

Une bravoure également remarquée dans la maladroite réception du footballeur Thierry Henry par le chef de l’Etat. «Nicolas Sarkozy a choisi ses grévistes. Pendant que défilaient ceux qui avaient cessé le travail pour dénoncer le projet de réforme des retraites, le chef de l’Etat a jugé opportun de bousculer son agenda pour recevoir le plus capé des grévistes du ballon rond, Thierry Henry», écrit Paul Quinio dans Libération.

Le «cynisme sans bornes» de Nicolas Sarkozy

Sur la même tonalité, Gilbert Paris du journal L'Humanité estime que «le président de la République s'est consacré hier à une opération de diversion pour occulter les deux millions de manifestants derrière les états d'âme de Thierry Henry».

Dominique Garraud de La Charente Libre dénonce également le «cynisme sans bornes» des autorités «à l'image de la réception du multimillionnaire Thierry Henry à l'Elysée», ajoutant que le pari des syndicats était «largement gagné».

Un «pari gagné», mais après?

Dans le Progrès de Lyon, ce n’est pas Thierry Henry qui est mis en avant mais la cycliste Jeannie Longo. «Tandis que les rues s'emplissaient de manifestants contre la réforme des retraites, la cycliste a décroché à 51 ans un nouveau titre de championne de France. Après ça, comment voulez-vous vous battre pour la retraite à 60 ans?», se moque Francis Brochet.

Mais tous les éditorialistes ne sont pas tous impressionnés. Sceptique, Olivier Picard des Dernières Nouvelles d'Alsace juge que «les syndicats ont réussi leur pari mais ils n’ont pas, pour le moment, les moyens de faire sauter la banque comme ils l’avaient fait en décembre 1995». Patrick Fluckiger de L'Alsace résume lui: «Les deux camps s'accordent à dire que les défilés ont été deux fois plus fournis que voici un mois. C'est là l'important».