Villiers-le-Bel: nouveau témoin à charge à la barre

JUSTICE Il est entendu «à titre de renseignement»...

avec AFP

— 

La salle attend l'ouverture du procès des émeutiers de Villiers-le-Bel, à la cour d’assises du Val-d’Oise, le 21 juin 2010.
La salle attend l'ouverture du procès des émeutiers de Villiers-le-Bel, à la cour d’assises du Val-d’Oise, le 21 juin 2010. — S. ORTOLA / 20 MINUTES

Pour son deuxième jour d'audience mouvementé, le procès des cinq jeunes accusés d'avoir tiré sur les policiers lors des émeutes à Villiers-le-Bel en novembre 2007 a connu un coup de théâtre avec la présentation d'un nouveau témoin à charge venu à la barre.

«Un témoin s'est présenté hier dans un commissariat de police. Il a rapporté des propos entendus lors de sa détention avec un des prévenus», a annoncé l'avocate générale, Marie-Thérèse de Givry à la reprise des débats après la pause déjeuner.

«Cette situation ne me satisfait pas car elle a l'air de laisser penser aux avocats de la défense que le parquet sort une bombe», s'est justifiée Marie-Thérèse de Givry, qui a précisé qu'elle en aurait fait autant s'il s'était s'agi d'un témoignage en faveur du prévenu.

Incarcéré avec un des accusés

Un peu plus de deux heures plus tard, le témoin s'est présenté à la barre pour des débats qui s'avéreront mouvementés. David Ruelle, 40 ans, est «entendu à titre de renseignement», précise la présidente.

L'homme, âgé de 40 ans, explique avoir été incarcéré à Fleury-Merogis avec Adama Kamara, un des quatre accusés tireurs présumés sur les forces de l'ordre.

«En promenade, il m'a dit qu'il avait tiré sur un fonctionnaire de police», raconte cet homme d'un mètre 95, 146 kilos.

«Il avait fumé un flic»

«Il m'a expliqué qu'il était éducateur à Villiers-le-Bel, que deux jeunes avaient été percuté par une voiture de police (...) qu'il s'était procuré une arme (...) qu'il avait fumé un flic», précise le témoin.

«Un jour Adama et une dizaine de personnes sont entrés dans la cellule et m'ont menacé de me faire la peau si je disais ce que je savais», ajoute-t-il.

Sorti de détention «il y a un an et demi ou deux», il dit s'être manifesté lundi après la lecture d'un article de presse sur le procès, poussé par «un sentiment de culpabilité par rapport à ce qu'(il) savait».

Le ton monte

Michel Konitz, avocat de Adama Kamara souligne que le témoin a été condamné à 11 mois de prison pour agression sexuelle sur mineur de moins de 15 ans. «De la pédophilie», assène l'avocat qui soupçonne le témoin de vouloir obtenir une révision de son casier judiciaire.

La présidente rappelle l'avocat à l'ordre: «je souhaiterais que le témoin ne soit pas insulté». Le ton monte.

«Il ne fait que mentir!», s'insurge l'avocat qui accuse la présidente de la cour de «suggestivité».

«Vous avez un grand succès auprès du public»

«Vous avez un grand succès auprès du public, ça les fait sourire», ajoute la présidente en jetant un regard vers les bancs des amis et familles des accusés.

«Je ne suis pas là pour ça. D'ailleurs je m'en fous!», lâche l'avocat qui, après avoir quitté la salle quelques minutes, réclame que soient actées les paroles de la présidente qui, de son côté, fait acter que l'avocat a insulté le témoin en le traitant de «pédophile».

«L'audience est levée!», lâche-t-elle dans un souffle sans préciser la durée de la suspension, alors que l'avocate générale allait intervenir.