Bettencourt: comment est-on passé d'une affaire de famille à une «affaire d'Etat»?

JUSTICE Tout a commencé par un différend entre Liliane Bettencourt et sa fille, Françoise...

Catherine Fournier avec AFP

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Liliane Bettencourt et sa fille Françoise, le 6 juin 2007 à Paris.
Liliane Bettencourt et sa fille Françoise, le 6 juin 2007 à Paris. — P.KOVARIK/AFP

L'affaire dans l'affaire. Les récentes révélations dans le cadre des enregistrements pirates effectués au domicile de Liliane Bettencourt éclipsent presque le contexte dans lequel ils s'inscrivent. A savoir un différend de longue date entre Liliane Bettencourt et sa fille, Françoise Bettencourt-Meyers.
 
Ce différend porte un nom: François-Marie Banier. En décembre 2007, l'unique fille de l'héritière de L'Oréal a porté plainte contre cet artiste et photographe pour «abus de faiblesse». Elle accuse ce familier de la jet-set d'avoir profité de sa mère, aujourd'hui âgée de 87 ans, pour obtenir près d'un milliard d'euros de dons, sous différentes formes selon Mediapart (participations dans des SCI, remises d'espèces, dons de tableaux de maîtres, souscription de contrats d'assurance-vie, etc.).

La tenue du procès compromise

Après avoir été jugée irrecevable par le parquet, cette plainte doit finalement donner lieu à un procès devant le tribunal correctionnel de Nanterre à partir du 1er juillet. Mais sa tenue semble plus que compromise. Le contenu des conversations enregistrées sur dictaphone entre la milliardaire et son entourage, dont le gestionnaire de sa fortune, Patrice de Maistre, apporte en effet des éléments nouveaux.
 
Non seulement ces discussions évoquent une possible immixtion de l'Elysée dans la procédure judiciaire, via le conseiller juridique de Nicolas Sarkozy, Patrick Ouart, mais ils mettent aussi en évidence la fragilité de l'octogénaire, qui ne souvient même plus avoir désigné François-Marie Banier comme légataire universel de son patrimoine.
 
Ces éléments «vont permettre de "colorer" le procès en montrant quelle est la réalité au quotidien de Mme Bettencourt», a commenté lundi Olivier Metzner, l'avocat de Françoise Bettencourt-Meyers. «Il y a effectivement des risques que le procès soit reporté», a-t-il ajouté.

Pas d'expertise médicale indépendante

Tous deux sont accusés par la partie adverse [Liliane Bettencourt et son avocat Georges Kiejman] d'être à l'origine des enregistrements clandestins réalisés au domicile de Liliane Bettencourt entre mai 2009 et mai 2010 par l'ancien maître d'hôtel. Ce dernier «assume ses actes», selon son avocat Antoine Gillot. «En aucune façon, (...), mon client n’a souhaité piéger Mme Bettencourt. En aucune manière il n’a souhaité lui nuire, bien au contraire, parce que je pense que ce que révèlent ces enregistrements montre qu’en réalité dans cette affaire il y a une victime importante, c’est Mme Bettencourt», souligne le conseil.
 
En 2009, Françoise Bettencourt-Meyers avait demandé, en vain, la mise sous tutelle de sa vieille mère. Le juge des tutelles de Neuilly-sur-Seine avait en effet refusé d'ouvrir une procédure de protection judiciaire, faute de pièce médicale pour se prononcer. Liliane Bettencourt a toujours refusé de se plier à une expertise médicale menée par la justice.