ambiance tendue AU PROCèS DES éMEUTIERS

WILLIAM Molinié

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La moitié de la salle était réservée aux 90 policiers victimes des échauffourées.
La moitié de la salle était réservée aux 90 policiers victimes des échauffourées. — S. ORTOLA / 20 MINUTES

Des fusils de chasse, des hachoirs et même un sabre. Face à ces scellés peu ordinaires, un dispositif de taille a été déployé hier à l'ouverture du procès à la cour d'assises du Val-d'Oise des émeutiers de Villiers-le-Bel. Près de 160 CRS et le Raid ont été placés à l'intérieur et aux alentours du tribunal de Pontoise. Les forces de l'ordre filtraient l'accès à la salle d'audience, dont la moitié était réservée aux quatre-vingt-dix policiers victimes des échauffourées des 25 et 26 novembre 2007. Au grand dam des proches des accusés, entassés sur deux longueurs de banc ou massés à l'extérieur. Les avocats de la défense ont, en vain, demandé toute la matinée l'ouverture des portes pour que cesse ce qu'ils ont qualifié de « semi huis clos ».

Les témoins sous X contestés
Quatre hommes, âgés de 23 à 29 ans, sont accusés d'avoir tiré, parfois à quelques mètres de distance seulement, sur les policiers pendant les émeutes, déclenchées par la mort de deux adolescents en moto, percutée par une voiture de police. Ils comparaissent pour tentative de meurtre. A leur côté, un dernier, en liberté, est jugé pour avoir fourni, semble-t-il, un fusil à pompe aux émeutiers. Au total, 96 policiers avaient été blessés par des tirs d'armes à feu. L'un d'entre eux a même perdu un œil.
Hier, les avocats de la défense ont remis en cause le principe du témoignage anonyme, censé protéger les témoins et aider à l'arrestation des suspects. « C'est une arme très dangereuse pour la démocratie. Dans quelles conditions ont-ils été réalisés ? Les informateurs ont-ils été payés ?, se demande dans les couloirs Me Jean-Christophe Tymosczko, l'avocat de l'un des accusés. Des messages de la police judiciaire de Versailles avaient effectivement été diffusés avec cette mention : «  Toute information permettant d'orienter favorablement l'enquête pourra faire l'objet de rémunérations. » Mais l'avocate générale a rappelé que « les témoins sous X ont un statut juridique prévu dans la loi ».

Pressions sur les témoins
Avec le temps, l'omerta a fait taire les langues qui s'étaient déliées durant l'enquête. Comme un certain Stéphane F., entendu comme témoin assisté qui est revenu sur ses déclarations après que le mot « balance » a été tagué sur sa porte. Un autre, Matthieu B., a été agressé après avoir parlé aux enquêteurs, mais il ne portera jamais plainte. Aujourd'hui, les accusés nient en bloc et leurs avocats plaideront l'acquittement. Entre pressions, rétributions suspectes ou rancœurs entre jeunes de la ville, les jurés ont deux semaines pour dénouer l'intrigue et évaluer les responsabilités de chacun. L'une d'entre eux, conductrice de bus à Sarcelles, s'est désistée avant que l'audience ne commence. Peut-être la peur de représailles.