« à chaque fois qu'il expliquait quelque chose, c'était crédible »

Maud Pierron

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Jérôme Kerviel, hier au Palais de Justice.
Jérôme Kerviel, hier au Palais de Justice. — J. DEMARTHON / AFP

Un service surchargé et des supérieurs peu regardants sur le contrôle car faisant « confiance » à leurs traders et n'imaginant pas la « fraude ». Ce sont les éléments avancés lundi au tribunal pour expliquer pourquoi Jérôme Kerviel n'a pas été découvert plus tôt. Surtout, le prévenu a bénéficié de la nomination en avril 2007 d'un supérieur direct sans aucune connaissance du métier de trader.
« J'étais perdu dans le maquis informatique, j'étais perdu dans le vocabulaire », reconnaît Eric Cordelle, 38 ans et Jérôme Kerviel « n'en était pas dupe », affirme-t-il. Une inexpérience couplée à une charge de travail qui l'a empêché de contrôler les traders. « Je n'avais ni les moyens, ni la connaissance pour le faire », se souvient ce polytechnicien licencié par la Société générale et toujours au chômage. Et quand bien même il posait des questions, « Jérôme Kerviel mentait du début à la fin, à chaque fois qu'il expliquait quelque chose, c'était crédible. » Ainsi, il a laissé passer plusieurs alertes de taille. « N'avez-vous pas l'impression qu'on vous a jeté dans la cage aux lions sans vous expliquer que l'un des lions, Kerviel, avait déjà mordu deux fois », lui a demandé Me Metzner, l'avocat de l'ex-trader. « A posteriori, oui », a répondu l'ancien cadre, dépité. « Je lui en veux, il a détruit ma vie personnelle et professionnelle. »